J’ai peur de me noyer

J’ai peur de me noyer
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Ophélie est une de mes patientes. Elle me contacte durant ses vacances, car elle a investi dans un stage de surf pour ces deux semaines et me dis avoir peur de se noyer. Elle ne comprend pas cette crainte soudaine. Elle me demande une séance en visio parce qu’elle pratique depuis longtemps et ne veut pas renoncer à cette passion. Je lui réponds que nous pouvons aller regarder ce blocage, mais ajoute que je ne sais pas si nous allons pouvoir résoudre ce problème.

Alors qu’elle se rendait en voiture à son premier cours, elle a été saisie d’une véritable crise d’angoisse, elle me décrit une panique totale à l’idée de se noyer. Pourtant elle adore l’océan et s’y baigner. Elle en a parlé au moniteur qui lui a proposé de tout de même faire la séance. Elle a accepté en pensant comme lui que le contact avec l’eau et la planche de surf allait régler cette anxiété. Mais non, pas du tout, elle a empiré et Ophélie s’est mise à suffoquer et a dû sortir de l’eau tremblante et quasi en état de choc.

L’océan : pas que du positif

Quelle est donc cette crainte si angoissante qui submerge Ophélie ? Je lui demande si elle aurait vécu des traumatismes ayant trait à l’eau. Elle n’en a pas peur et peut s’immerger la tête sans soucis. Elle ajoute cependant que toute petite elle a failli se noyer deux fois dans l’océan. À 5 ans, elle joue au bord de la mer et une vague la fait tomber en arrière, d’autres se succèdent, rapides, et Ophélie suffoque, elle sait qu’elle va mourir. Un monsieur voit la scène, court vers elle et la sauve. Ophélie était alors sous la garde de sa grand-mère maternelle qui ne se préoccupait pas beaucoup d’elle et qui était à ce moment-là occupée à parler avec ses copines. Le second épisode est similaire. Elle a 6 ans et s’avance dans l’océan, elle est renversée par une vague plus forte que les autres et, de nouveau, n’arrive pas à reprendre pied. Elle ne sait plus comment elle a réussi à survivre, mais se souvient de son effroi. Elle était sous la surveillance de la même personne.

Les tapotements issus de l’EMDR font surgir des rouleaux d’eau écumeux qui lui couvrent le visage à un rythme si rapide qu’il est impossible de prendre un peu d’air entre deux. Elle se voit mourir. Elle est comme dans une essoreuse. Ces images font évidemment écho aux deux accidents survenus dans sa jeunesse. Mais aussi à un autre similaire, plus récent, pendant une séance de surf. Elle savait pourtant qu’il fallait bien se coucher sur la planche pour faire corps avec elle et ensuite se laisser aller sur les flots, ce qui entraîne une remontée automatique au-dessus des vagues. Elle a été débordée et n’a dû sa survie qu’à son moniteur qui l’a secourue.

Ophélie me décrit également une absence de joie de vivre depuis le début de ses vacances. Une tristesse sans fond qu’elle ne comprend pas. Elle dit avoir perdu sa gaieté et sa lumière.

Je fais naturellement le lien entre la mer et la mère. J’avais reçu une analysante qui était phobique de l’eau. Quand elle a conscientisé que sa maman était envahissante et essayait à tout prix de la diriger et, plus grave, était malveillante envers elle, la peur avait cessé. La mer est pour moi en lien avec le liquide amniotique dans lequel nous baignons pendant neuf mois. L’eau représente donc souvent une attache avec notre mère. Celle d’Ophélie a été dépressive, l’a beaucoup maltraitée dans sa jeunesse et s’affiche constamment à ses côtés. Elle l’appelle tous les jours, lui raconte sa vie, considère sa fille comme sa copine. Les postures de cette mère sont toxiques. L’enfant a besoin d’une présence forte de ses parents tout petit et en grandissant cette présence doit naturellement se distendre. Or, ici, c’est l’inverse qui se passe et ne peut qu’occasionner de l’angoisse chez Ophélie. Si la mer inonde la plage tout le temps, elle la noie, si elle ne la mouille jamais, elle se dessèche. Il faut un va-et-vient qui va rendre la plage saine. La mère est à l’image de la première et la fille est semblable à ce rivage. Une adulte doit avoir coupé le cordon et vivre sans une présence constante et envahissante de sa mère.

Maman est ma mère, mais aussi ma mer ?

Je demande à Ophélie si elle n’aurait pas été en contact avec sa mère quelques jours avant les vacances.

Elle me répond qu’en effet elle lui a téléphoné le vendredi précédant son départ et que cet appel lui avait fait beaucoup de bien, car sa maman lui avait été d’un grand réconfort alors qu’elle était un peu triste.

Sa mère lui avait notamment dit que « si Ophélie réussissait dans son travail, elle serait complètement envahie par celui-ci et que rien ni personne d’autre n’existerait plus pour elle, car elle est d’un tempérament obsessionnel ».

Cette phrase est selon moi un message extrêmement toxique, d’autant plus que sa destinataire ne le conscientise pas comme tel et au contraire trouve qu’il est soutenant et lui a fait du bien.

Ophélie se débat depuis quelque temps pour créer sa propre activité et pour l’instant doit encore faire face à des blocages. Sa mère la critique en lui disant qu’elle ne réussit pas et que, si cela avait été le cas, plus rien, y compris son compagnon, n’aurait d’intérêt aux yeux de sa fille. Elle finit par la qualifier d’obsessionnelle. Réussir signifie donc ne pas avoir la capacité de se projeter dans une vie familiale, amoureuse ? La personnalité d’Ophélie est de toute façon une personnalité qui ne peut créer du lien. Quelques messages lapidaires que je vais décrire comme un premier rouleau qui noie Ophélie : tu ne réussis pas, puis un deuxième : tu es égoïste par nature, enfin un troisième : tu seras toujours seule. Cette mère noie sa fille qui se voit décéder dans la mer.

J’ajoute qu’Ophélie a déjà failli mourir, par deux fois, en raison d’un défaut de surveillance de sa grand-mère maternelle. Cet appel avec sa mère a réveillé les traumatismes non réparés. Car Ophélie trouve en permanence des excuses à ces femmes. Elles ont eu une existence compliquée et surtout la responsable, c’est elle, Ophélie, qui n’a pas fait ce qu’il fallait et qui, de ce fait, a manqué perdre la vie. Elle me parle d’une grande honte d’avoir failli se noyer. J’essaie de lui faire comprendre que tout est ici inversé, qu’elle n’est coupable de rien et que ces deux femmes sont toxiques pour elle.

La séance touche à sa fin. Je lui explique à nouveau en terminant que je ne sais pas si elle va pouvoir pratiquer ce sport. Je dois dire que j’ai souvent pensé à elle le lendemain, son cours de surf étant à 11 heures ! Ophélie m’a envoyé un texto en début de soirée pour me remercier chaleureusement, car elle avait pu y aller. Je continue donc à penser qu’il y a un vrai lien entre nos phobies relatives à l’eau et nos lignées maternelles.

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