J’ai peur des serpents : est-ce normal ?

J’ai peur des serpents : est-ce normal ?
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Stéphanie vient me consulter car elle a un problème avec les serpents. « Je ne peux regarder les serpents, c’est simplement impossible. Je ne les supporte pas. Même en image et vous savez, ces petits serpents en plastique que mon fils adore et que je lui refuse car j’ai l’impression que c’est un vrai. J’habite en France, ça va il n’y en a pas beaucoup. Mon problème vient de ce que je ne peux aller dans des pays où il y en a. Je refuse à mon mari d’aller dans ces pays. La dernière fois que j’en ai vu un, j’ai été tétanisée, comme une pierre. Je ne pouvais plus bouger et j’avais du mal à respirer. Mes proches ont été secoués par mes réactions et ont failli appeler un médecin. Depuis mon mari a fait une croix sur les voyages en Asie et en Afrique ».

La peur normale du serpent

« Quand j’en vois un, ce n’est pas réellement de la peur mais un dégoût profond ; je ne supporte pas ces bestioles, je n’ai pas trop le choix car je m’occupe du vaste jardin de ma maison en bordure de forêt où il y en a beaucoup. Du coup, c’est quasi un miracle si je n’en vois pas de temps en temps. Je suis prise de frissons qui mettent un certain moment à se calmer et je n’arrive plus à respirer normalement puis ça passe ».

Instinctivement beaucoup de personnes ont peur des serpents. Sans doute en raison de leur physionomie : c’est un animal à sang froid, un prédateur invertébré, avec des écailles. Il peut nager, grimper. Il a une mâchoire à crochets pointus et une langue fourchue Sa tête a la forme d’un triangle, ses yeux sont bridés comme ceux des lézards. Son sifflement « tss tss » est lui-même effrayant ainsi que sa capacité à se mouvoir rapidement et silencieusement. Pierrette m’a racontée que la peur du serpent était inscrite dans l’histoire de sa famille. « Mon arrière-grand-mère était dans son jardin. La maison était située dans un village isolé au milieu de la campagne. Elle avait l’habitude d’étendre son linge à l’extérieur pour le faire sécher. Elle avait ce fameux jour posé comme à son habitude son panier à linge à côté d’elle et était occupée à y mettre le linge séché. Ayant tout récupéré, elle avait pris son panier et l’avait posé sur le lit dans la chambre à l’étage afin de le ranger plus tard dans les armoires. Elle était redescendue s’occuper du repas. Ce n’est que tard dans la soirée alors qu’en soulevant les draps de son lit qu’elle avait failli faire une syncope en découvrant avec épouvante une vipère qui avait due se glisser dans ce fameux panier à linge et ensuite choisir de se dissimuler dans le lit. L’histoire ne s’arrête pas là. Après avoir réussi tant bien que mal à reprendre ses esprits, Il fallut appeler les pompiers et  attendre longuement afin qu’ils viennent la débarrasser de cette bestiole. Il se raconte que cet épisode a eu des suites absolument dramatiques car son aïeule c’est mise à faire de terribles cauchemars dans lesquels des serpents lui sautaient à la figure. Et qu’elle n’a cessé de se demander jusqu’à la fin de sa vie comme une obsession ce qui serait advenu si le serpent s’était glissé au fond du lit et si elle s’y était couchée ». Pierrette a hérité de la peur de son arrière-grand-mère, car cette peur a été transmise à sa mère et de sa mère à elle.

L’origine de la peut du serpent

La peur du serpent est une des peurs les plus répandue au monde. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes. Cette peur existe même dans les pays où le risque de mourir par morsure d’un serpent venimeux est inexistant. Il semblerait que cette peur soit innée car inscrite dans la mémoire préhistorique des êtres humains.

La Bible

L’origine de cette peur pourrait se situer dans la bible où le serpent est le tentateur et pousse à la Faute originelle.  « Le serpent était la plus rusée de toutes les bêtes sauvages que Dieu avait fait » Genèse 3,1-6. Le serpent représente la figure du Malin, une figure malfaisante et redoutablement intelligente. Le serpent est ici au-dessus des autres animaux car il prétend connaître le secret de l’arbre interdit, il incarne une présence hostile à Dieu et dont les hommes sont victimes. La tradition biblique y reconnait la puissance démoniaque du Mal qu’elle nomme le diable et Satan.

Une peur inscrite dans notre mémoire génétique

La mémoire génétique est inscrite dans notre ADN et nous est transmise par nos ancêtres. Ainsi lors de la Préhistoire les hommes faisaient attention aux serpents car une morsure pouvait les tuer.

Une expérience menée par des chercheurs issus de l’Institut Max Planck de Leipzig et publiée le 18 octobre 2017 dans la revue « Frontiers in Psychology » semble confirmer la thèse selon laquelle cette peur est inscrite dans notre mémoire génétique.

Ces chercheurs ont montré à des bébés âgés de 6 mois alternativement des photos de serpents et ensuite des photos de poissons. Ils ont mesuré grâce à des capteurs optiques infrarouge la dilatation des pupilles de ces nourrissons. La dilatation de la pupille est le signe d’un grand stress chez l’être humain. C’est une réaction automatique. Un bébé de 6 mois n’a pas encore été contaminé par les peurs des adultes, il est comme une page blanche.  A la vue des photos de serpents, les pupilles se sont considérablement dilatées. Cette dilatation cessait systématiquement à la vue des photos de poisson et ainsi de suite. Cette expérience démontre de façon flagrante que l’être humain a une peur instinctive des serpents. Ces animaux étant estampillés comme dangereux par notre cerveau. Nous pouvons donc en déduire que le dégoût, la répulsion et le mouvement de fuite est totalement normal.

La peur anormale du serpent : la phobie du serpent

La peur excessive du serpent est anormale. Il ne s’agit plus ici d’une simple répulsion mais d’une impossibilité à se trouver en présence réelle ou même en présence d’images représentant des serpents. Cette peur est invalidante car ces personnes vont programmer leurs déplacements en fonction du risque qu’elles ont de se retrouver en contact d’un reptile. Marie me disait : « Je ne vais que dans les Iles Canaries car ce sont les seuls endroits où il n’y a pas de serpents ». Elle s’était renseignée. Elle avait vu un reportage sur le Cap Vert et avait trouvé ce pays absolument magnifique. La première chose qu’elle avait fait avait été de vérifier s’il y avait des serpents dans ce pays. « Oui il y en a partout, et en plus ils sont dangereux ! J’ai vu une photo d’une petite fille sur la plage à l’ombre d’un énorme arbre, l’internaute avait posté cette photo en y mettant le commentaire suivant : il y a des serpents dans les arbres et cette petite fille est vraiment en danger ». Marie ne peut se rendre dans ce pays et doit y renoncer.

De même Déborah qui dit « Je n’aime et ne me sens bien que dans les villes, là je suis certaine de ne pas en rencontrer ! La campagne me fait peur, quand j’y suis je ne me promène dehors que quand il pleut et de préférence quand il fait froid ». Parfois je tombe dans la rue sur des élastiques ou encore des extensions de cheveux perdues par leur propriétaire, ça ressemble à un serpent. Je sursaute alors violemment et j’ai la respiration coupée. Souvent je pousse même un cri. Ma réaction est violente, je n’ose pas penser à ce que j’aurais comme réaction si un jour je devais me retrouver devant un vrai serpent ».

Le serpent en psychanalyse : la pulsion de vie et l’énergie sexuelle féminine

Freud comme Jung souscrivent à l’idée que le serpent est un symbole phallique et que la femme aurait peur de la sexualité masculine autant que de ses propres pulsions sexuelles. Certains psychanalystes actuels considèrent que les serpents représentent la pulsion sexuelle féminine sous son aspect effrayant. Cette seconde interprétation me semble plus juste car elle est corroborée par des traditions anciennes telles en Inde ou dans le bouddhisme et où le serpent symbolise l’énergie sexuelle. L’énergie sexuelle représentant la pulsion de vie. Cette pulsion de vie dans nos rêves met l’accent sur cette énergie qui n’est pas utilisée mais qui est néanmoins irrépressible et qui se manifeste de façon détournée. Inconsciemment nous avons peur d’être submergés par cette énergie non utilisée ou non détournée. Certaines religions demandent à leurs sages de ne pas avoir de relations sexuelles, en transcendant par l’accueil cette énergie sexuelle qui alors se transforme en énergie spirituelle.

Je conclurais par l’histoire de Vanda qui me racontait faire de façon récurrente un rêve dans le quelle un serpent tentait de la dévorer. Elle se réveillait tétanisée, en sueur. La thérapie a permis de mettre en lumière non seulement le côté très envahissant et sournois des femmes de sa lignée envers elle. Comme des serpents, elles se glissaient dans la vie de Vanda pour y mettre leur venin. Mais elle a également permis à Vanda de prendre conscience de sa peur à elle vis-à-vis de sa propre sexualité. Elle était sujette à de nombreux blocages et ne parvenait pas à avoir une vie sexuelle épanouie. Le travail psychanalytique en permettant cette prise de conscience a mis un terme à ce rêve traumatique. Le serpent symbolisait tout à fois les forces féminines malfaisantes et la peur de la sexualité.


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