Séréna et le déni de grossesse

Séréna et le déni de grossesse

Des journalistes m’ont demandé en novembre 2018 mon avis sur l’affaire de la petite Séréna qui a été jusqu’à 22 mois cachée et séquestrée par sa mère, notamment dans le coffre d’une voiture et dans une pièce du rez-de-chaussée de la maison familiale. Sa mère se retrouve devant les assises de Corrèze pour avoir volontairement commis des violences ayant entraîné une infirmité permanente sur sa fille. L’avocate de l’accusée plaide pour un déni de grossesse.

La mère de Séréna passe d’un premier accouchement traumatique à plusieurs dénis.

Rosa-Maria Da Cruz, la mère de Séréna, a bien souffert d’un déni de grossesse total pour sa petite fille. Il est mentionné au procès « l’inconscience de l’état de grossesse » et « l’absence de signe extérieur ou physiologique » de grossesse.

La mère de Séréna a fait en tout deux dénis jusqu’à l’accouchement et un déni partiel.

Cette mère de trois enfants a un garçon de neuf ans lui aussi né comme Séréna à la suite d’un précédent déni de grossesse total. La sœur de l’accusée raconte qu’elle a accouché en plein déjeuner de famille au Portugal en 2004. Cinq ans plus tard, elle accouche chez elle d’une petite fille après un nouveau déni, cette fois-ci partiel de 5 ou 6 mois.

Un premier accouchement traumatique

Ce sont donc en tout trois cas de déni, comme le rappelle LADEPECHE.fr du 16/11/2018.

Il est à noter enfin, qu’elle a accouché de son premier enfant, après un accouchement « terrible », qui a duré plus de 20 heures. Rosa-Maria « ne parvenant pas à pousser et broyant les mains de son amie », qui l’assistait, le père étant à ce moment-là au Portugal.

Pourquoi les deux premiers dénis se concluent positivement

Les deux dénis datant de 2004 et de 2009 ont eu une fin heureuse car la parturiente est contenue psychiquement par l’entourage qui est présent et lui sert d’ancrage. Les personnes doivent lui parler, l’entourer, la réconforter, elle n’est pas seule face à cette expérience traumatique.

Elle accouche lors d’un déjeuner. Il est rapporté qu’elle « s’est assise sur l’escalier en proie à de terribles maux de ventre et que c’est là qu’elle a accouché ».

La présence de la famille a empêché que cette femme sombre dans la psychose en voyant un bébé sortir d’elle. Elle a été prise en charge et a ainsi pu gérer plus facilement ce choc monumental. Elle a de ce fait échappé à la première pulsion qui est de se débarrasser de l’enfant, car elles ne voient pas un enfant dans cette chose qu’elles viennent d’expulser mais un objet d’épouvante. Elles vont dans le meilleur des cas l’abandonner dans les toilettes de l’aéroport (mandatée par la défense, j’avais assisté au procès de Gaëlle) ou, dans le pire des cas le jeter dans une poubelle.

L’accouchement de Séréna est secret : la mère décompense

Séréna est née d’un déni qui selon la mère est total. Elle accouche donc de son enfant seule. L’environnement n’est cette fois-ci pas là pour la contenir. Elle se retrouve en état de choc, avec son bébé ce qui va donner lieu à des réactions archaïques. A cet instant, elle n’est plus une femme douée de raisonnement mais un être en profonde souffrance, complétement submergé par une douleur inouïe et en état de profonde sidération.

La mère de Séréna ne l’a pas tuée mais l’a cachée un peu comme si cette petite faisait l’objet d’une grande honte. Cette femme ne l’a pas investie en tant que son enfant. Elle l’a considérée comme une chose. Elle ne lui parlait pas, l’oubliait parfois dans le coffre de la voiture, ne la lavait pas, ne la câlinait pas. Elle ne voit pas l’enfant dans cette petite fille. Elle y voit une chose mais il me semble qu’elle voit dans cette petite fille aussi et surtout la matérialisation de quelque chose qu’elle n’est pas en capacité de regarder et qui se trouve forcément dans son histoire personnelle vécue par elle, ou transgénérationnelle.

Pourquoi Rosa-Maria Da Cruz a-t-elle eu un tel comportement ?

Lui demander est une chose, encore faut il qu’elle puisse le conscientiser et l’exprimer.  Je vais essayer d’apporter une réponse…

La mère de Séréna peut avoir un problème avec son statut de femme

Les femmes faisant des dénis de grossesse ont souvent des problèmes avec leur corps de femme et naturellement avec la sexualité. L’une d’elles me disait qu’elle s’était rasée les cheveux pour ne pas être une femme. Souvent elles n’ont pas un corps de femme dans leur tête mais sont des petites filles.

Ce sont des femmes qui ont pu être maltraitées enfant, voire avoir fait l’objet d’inceste ou d’agressions sexuelles dont elles ne se souviennent plus. En tout état de cause le corps féminin est dangereux et donc pas aimable. Une autre patiente disait s’habiller en homme et se comporter en homme et que cela avait été une grande victoire quand les gens dans la rue la prenaient pour un homme. Elle se sentait en sécurité.

Il est dit au procès que la mère de Séréna depuis son premier accouchement avait complétement changé, elle se laissait aller, n’était plus du tout féminine comme si quelque chose c’était cassé en elle. Comme si le passage d’un enfant avait été un événement qui dans son inconscient l’avait tellement bouleversé que les autres enfants qu’elle mettra au monde feront systématiquement l’objet d’un déni de grossesse. Comme si des événements refoulés étaient remontés quasi à la surface sans se conscientiser réellement l’avaient fait sombrer. Il aurait été hautement bénéfique d’entamer à ce moment là une thérapie pour permettre la prise de conscience de ce traumatisme refoulé. Cela aurait certainement évité un premier déni de grossesse suivi de deux autres. Un de mes patient me racontait que c’est l’arrivée de son fils qui a fait ressurgir l’inceste subi par lui et que c’est à l’âge que son fils avait et où les abus ont commencé pour lui qu’il a eu une crise d’angoisse telle qu’il a séjourné un temps en hôpital psychiatrique.
Recherche personnes ayant vécu un déni de grossesse ou qui en sont issues

La mère de Séréna peut porter un fantôme transgénérationnel

Il faudrait en effet rechercher dans l’arbre généalogique de cette femme, les femmes de la lignée qui ont perdu par fausse-couche, par avortement des enfants, qui ont dissimulé des enfants ou encore tué des enfants. Cette ancêtre se reconnaître au fait que ce sera le quatrième enfant qui sera victime d’un de ces faits. Il faudrait également vérifier si dans cette lignée, cette ancêtre ne se prénomme pas Séréna ou si c’est l’enfant dont il s’agit qui porte ce prénom. Car en matière de fantôme transgénérationnel il n’y a pas de hasard et il y a toujours des parallèles à faire entre la situation vécue par une personne et l’histoire traumatique de ses ancêtres.

Séréna, enfant issu du déni de grossesse

Les enfants issus d’un déni de grossesse ne sont pas investis psychiquement par leur mère. L’utérus est comme une chambre vide et froide dans laquelle il faut se cacher car être découvert c’est à coup sûr mourir. Donc, plus le déni est avancé et plus les risques pour que l’enfant ait des séquelles physiques ou psychiques sont grands.

Souvent ils sont plus petits de taille et plus menus. Ils peuvent souffrir de pathologies lourdes comme le petit garçon de Gaëlle dont le système respiratoire gravement défaillant aurait fait de lui un grand handicapé s’il avait vécu. Ils peuvent aussi avoir des troubles autistiques plus ou moins lourds provenant du défaut d’investissement du fœtus par mère pendant la vie intra utérine. J’ai aussi rencontré plusieurs fois des enfants issus d’un déni qui souffraient de problèmes auditifs.

Séréna n’a hélas été investie ni pendant sa vie intra utérine, ni après jusqu’à ses 22 mois, date de sa découverte par le garagiste. A 22 mois elle n’était pas capable de tenir sa tête et ses yeux se révulsaient au contact de la lumière. Elle vivait dans un tel état de saleté que les infirmières ont été obligées de lui donner 4 bains pour arriver à la nettoyer. Sa mère a avoué ne s’en être jamais vraiment occupée, elle la voyait comme une chose et non comme un enfant. Elle dit ne pas lui avoir donné de prénom. Le prénom aurait été trouvé au moment de la découverte par le garagiste.

Séréna souffre de séquelles qualifiées d’irréversibles ?

Je pense cependant qu’un être aussi jeune peut se réparer malgré tout car les connections neuronales continuent à se mettre en place tout au long de la vie. Avec une équipe pluridisciplinaire, un gros travail psychanalytique et un important travail transgénérationnel, un travail de type Feuerstein. Selon moi, rien n’est perdu : Séréna peut récupérer malgré tout.

La mère de Séréna semble faire en sorte que la petite fille soit découverte

Je pense qu’elle vit dans une certaine forme de folie et qu’au bout de 22 mois elle doit sans doute être à bout. Elle s’arrange alors pour que Séréna soit découverte afin de retrouver une vie normale. Elle vit dans une sorte de clivage dans lequel elle est une bonne mère pour ses 3 enfants. Et de l’autre elle est cette femme désorientée, psychotique qui ne voit pas l’enfant qu’elle a mis au monde et qu’elle maltraite en la privant de soins, de nourriture et d’amour. C’est cette partie traumatisée et psychotique qui la maintient dans la folie, les deux parties étant clivées. Dans sa vie de maman lambda elle doit complétement oublier qu’elle a une autre enfant. Cependant à la longue ce clivage cède et la présence de cette petite devient trop lourde à supporter, elle s’arrange alors pour qu’elle soit découverte. Selon moi, la bonne mère a alors repris le dessus. Si le traumatisme avait été trop lourd, la partie psychotique aurait sans doute tué Séréna.

En conclusion, la mère de Séréna est selon moi une femme profondément blessée dans sa féminité, dans son corps depuis sans doute sa toute petite enfance. D’où ses accouchements avec déni et son premier accouchement qualifié de terrible. Elle porte sans doute également un gros fantôme transgénérationnel qui lui fait reproduire ce qu’une ancêtre a fait. Cette femme a tout de même eu assez de ressources en elle pour ne pas tuer sa petite lors de l’expulsion et la maintenir en vie. C’est la partie traumatique qui a été à l’origine des maltraitances subies par l’enfant.

Le parquet général fait appel de la condamnation à cinq ans de prison dont trois avec sursis.

Mes articles sur le déni :

Sources pour l’article Séréna et le déni de grossesse

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