Le bashing, dénigrement de l’enfant en milieu scolaire

Le bashing, dénigrement de l’enfant en milieu scolaire

Le bashing en cours de récréation se traduit par le fait qu’un élève devient le bouc émissaire c’est-à-dire concrètement le souffre-douleur de tout un groupe, qui forme une entité se liguant contre l’un des leurs et qui va mettre à l’écart la personne désignée comme bouc émissaire. Le bashing prendra ensuite des formes diverses…

Le racket, le harcèlement, des coups…

Ainsi, Marco 14 ans se faisait racketter ses cigarettes, il lui était demandé de payer les menus achetés dans les fast foods. Le racket était mâtiné de harcèlement quand il faisait l’objet de moqueries concernant ses vêtements mais aussi ses cheveux et même son allure générale.

Lili 8 ans se faisait tirer les cheveux, voler ses serre-têtes, ses goûters. Elle a dû donner son argent de poche. Dans les toilettes, une petite fille du même âge menaçait de la tuer avec un couteau qu’elle pointait sur sa gorge si elle parlait.

Lucien 12 ans était isolé. Personne ne voulait être son ami. Il était très bon élève et se faisait traiter de « faillot ». Il se faisait bousculer, voler ses affaires, casser ses lunettes.

Marie 6 ans était elle aussi complétement rejetée par le groupe car bonne élève. Elle se mettait à l’écart dans la cour de récré pour ne pas se faire battre ou se faire pousser dès que les surveillants avaient le dos tourné. Elle était rentrée avec les lunettes cassées, parfois les vêtements déchirés, et souvent des plaies aux genoux car elle se faisait bousculer et souvent tombait.

Dans tous ces exemples, se dessine un comportement pervers d’un groupe envers une personne. Ces comportements vont engendrer de grandes souffrances chez les victimes.

Conséquences du bashing sur les enfants victimes : silence et mal être

Souvent, ces enfants ou ados ne diront rien par crainte de représailles. Ils craignent que leurs parents ne fassent un scandale chez le directeur et qu’alors ils soient encore à nouveau désignés comme celui qui ne va pas bien, celui par qui le scandale arrive. Pour au final, se retrouver dans la même cour de récré avec les mêmes élèves qui vont continuer à s’acharner de plus belle sur eux. D’où leur silence. En fait, ils ne voient pas de solution et sont dans un profond mal-être.

Ce mal-être va se traduire par des notes moins bonnes, par de la tristesse, un repli sur soi. L’enfant sera un peu comme une plante manquant d’eau et de soleil. Il se rabougrit lentement quasi en secret. Il n’est plus vraiment dans la vie. Il manque d’entrain, il n’a plus envie de rien. Des problèmes de sommeil, une envie de rester à la maison, un mutisme peuvent mettre la puce à l’oreille. Il peut s’il est ado, fumer, boire, se mettre à voler de l’argent à ses parents, fuguer, mentir, se scarifier…

Les cibles du bashing à l’école : la faille

Les enfants ou ado faisant l’objet du bashing ont une « faille » qui les désigne comme cible idéale. Ce sont souvent de bons élèves, des êtres gentils et prévenants dépourvus de tout instinct grégaire. Ils ne se défendront pas s’ils font l’objet d’attaque. Ils peuvent être très beaux et attiser la jalousie du groupe ou au contraire avoir une particularité physique qui va servir de prise au groupe. Viviane 12 ans portait des lunettes et un appareil dentaire, elle était toute gentille et toute timide. Le groupe s’est acharné contre elle. Il la nommait « quatre yeux » et « bouche d’acier », on lui volait ses affaires. Un jour en cours de sport, on lui avait caché ses chaussures de sport, et elle avait été mortifiée de devoir faire de la gymnastique en chaussettes. Ses chaussures sont réapparues miraculeusement en fin de cours dans les vestiaires. On lui avait pris son cahier de maths et on l’avait mis sous la pluie. Les feuilles étaient toutes ramollies et l’encre du stylo avait dégouliné sur les pages. Viviane avait des envies de pleurer mais restait stoïque. Elle ne voulait pas montrer sa souffrance et sa tristesse. Un autre jour une élève pendant le cours de volley lui avait lancé de toutes ses forces le ballon sur le nez. Face à ce harcèlement Viviane a plongé, elle n’a plus mangé, elle n’a plus travaillé. Elle a voulu mourir. La faille de Viviane était son impossibilité totale à rétorquer, à se défendre. Elle n’avait aucune confiance en elle et n’avait jamais eu la possibilité d’exprimer sa colère depuis toute petite. Elle est devenue une petite fille et ensuite une adolescente qui allait être la proie idéale du groupe : silencieuse, fragile, acceptant finalement sans mot dire les sévices qu’on lui faisait subir.

Pour synthétiser, les victimes du bashing sont souvent des personnes qui ont très peu confiance en elles, qui ont été élevées dans l’idée que l’Autre a toujours raison et que si quelqu’un vous fait du mal c’est qu’il y a certainement une vraie cause derrière cet acte. Elles font également souvent l’objet d’une grande pression familiale concernant la réussite et l’image qu’elles donnent d’elles-mêmes à l’extérieur. Il ne faut jamais faire de scandale et rentrer coûte que coûte dans le rang. Ne jamais se plaindre et faire face en silence.

Mais il existe des solutions au bashing de l’enfant…

Bashing de l’enfant : l’attitude à adopter par les parents

Dans la majorité des cas ce sont les parents qui se rendent compte que leur enfant ou ado a changé et qu’il ne va pas bien. Parfois ce sont les enseignants qui vont tirer la sonnette d’alarme. Si les parents posent alors frontalement la question à leur enfant : « Te fais-tu harceler ? », la réponse sera très majoritairement : « Non, tout va bien ! ».

Il est plus judicieux de dire par exemple : « Tu es soucieux ces derniers temps et tes notes ont chuté, si tu désires me parler, je suis là, je peux tout entendre ».

Si l’enfant est petit, il faut lui parler de soi. « Tu sais moi quand j’étais petite, quand j’avais ton âge, je n’aurais pas aimé qu’on m’embête à l’école, je l’aurais dit à mes parents qui auraient fait cesser ça ». Cette petite phrase parlant de soi va permettre d’amorcer un dialogue avec l’enfant qui pourra répondre que lui en fait, se fait tirer les cheveux ou voler ses affaires.

Lui dire qu’il peut tout nous dire sans avoir peur de se faire gronder est primordial car souvent les victimes se sentent coupables et n’osent rien dire. Elles ont également peur de se faire réprimander par les parents.

Consulter lorsqu’on se sent dépassé ou que l’enfant ou l’adolescent le demande

Il m’arrive souvent d’avoir en consultation des enfants de 7 ou 8 ans faisant l’objet de bashing. Les petits enfants ne veulent pas inquiéter leurs parents et de ce fait ne diront souvent rien de ce qu’ils subissent à l’école. Ils vont occulter les sévices graves. C’est donc en face à face avec moi qu’ils vont s’autoriser à raconter ce que les autres élèves leur font subir. Emilie m’a ainsi raconté que le groupe la faisait aller dans les toilettes et qu’on mettait ses stylos dans la cuvette des WC, stylos qu’elle devait récupérer avec ses mains. Parfois une élève se mettait derrière elle et commençait à l’étrangler en disant qu’elle allait la tuer. Emilie me l’a dit et nous avons pu échanger sur le fait qu’elle ne voulait pas que ses parents le sachent. Emilie a exprimé sa peur face à la réaction que pourraient avoir ses parents et à l’éventuel scandale qu’ils pourraient faire à l’école. Elle a compris qu’elle était trop petite pour faire face toute seule et a demandé que ses parents en soient informés lors d’une séance avec eux. Cet obstacle levé, ses parents ont pu procéder tant au niveau de l’école qu’au niveau pénal aux actes visant à faire cesser ces sévices et à obtenir réparation pour le préjudice subi par leur fille.

Les adolescents avec lesquels je travaille viennent car ils ont demandé à leurs parents de consulter un psy afin de se faire aider. Ils vivent de grands changements dans leur corps et parallèlement ont besoin de mettre de la distance entre eux et leurs parents. Ils ne peuvent plus parler de tout à leurs géniteurs. Le psychanalyste est un tiers qui leur garantit non seulement le secret de ce qui est déposé chez lui mais aussi une grande impartialité car il voit le jeune adulte et non le petit enfant.

Pour aider ces enfants et ces adolescents je vais utiliser principalement deux techniques…

L’apprentissage de la contre-attaque

Je vais proposer aux victimes d’apprendre à répondre à leurs agresseurs. Cela va se faire à l’aide de jeux de rôle où je vais prendre la place du ou des agresseurs. Je vais leur suggérer des réponses adéquates aux différents cas d’agression. Cette façon de faire est très efficace : en ayant la mainmise sur ce qui leur arrive la confiance en eux grandit. Ils déstabilisent leur agresseur et acquièrent de ce fait le respect du groupe qui va chercher une autre victime (malheureusement).

La psychanalyse transgénérationnelle

Je vais aussi travailler avec les écoliers, les collégiens et les lycéens en utilisant la psychanalyse transgénérationnelle et pointer dans la vie de leurs ascendants ce qui fait écho au bashing qu’ils subissent. Ainsi Saba a découvert que le bashing subi était le fantôme de bashings récurrents endurés par un aïeul dont elle était très proche et qui avait été un homme public souvent mis au banc du pays dans lequel il avait occupé des postes publics prestigieux.  Elle restait inconsciemment fidèle à cette personne et reproduisait les traumatismes de ce dernier. Lever ce fantôme lui a permis de faire cesser cette répétition douloureuse.

En conclusion, il me semble particulièrement important de régler au niveau psychanalytique le bashing vécu en cours de récré. Si tel n’est pas le cas, le phénomène de répétition s’enclenchera automatiquement et ces élèves victimes de bashing seront les mêmes personnes victimes de bashing en entreprise ou encore victimes de pervers narcissiques ou de manipulateurs dans leur vie d’adulte.

A lire sur le bashing, sur le dénigrement :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

LinkedIn