Valérie Sengler psychanalyste à Paris et Saint-Mandé

Thérapies brèves. Psy pour enfant, adolescent, adulte. Spécialiste des pervers narcissiques.

Archive de l’étiquette famille

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Pratiques sexuelles : quand les injonctions sociétales créent des souffrances chez la femme

Les pratiques sexuelles des femmes sont fortement contraintes par les injonctions sociales, les modes de représentation de l’Autre et les stéréotypes. A la clé : la souffrance…

Ce sont les vacances, il fait beau, il fait chaud et je suis stupéfaite de me retrouver face à une grande majorité de patientes qui subitement se mettent à me confier leurs problématiques « au lit ». Bref, elles me parlent de leur sexualité.

Je reste tout aussi pantoise par ce qu’elles me disent. Dans cet article, j’ai eu envie de démêler les injonctions auxquelles la société les soumet, de ce qui est la réalité vécue, et de comment les individus s’en accommodent.

Les individus consomment en exerçant leur libre arbitre, ils choisissent en achetant… Du moins le croient-ils ! Ils pensent pour la plupart d’entre eux être totalement libres et prendre telle ou telle décision en complète indépendance. L’arbre de la décision individuelle prise en totale liberté cache en réalité une forêt de stéréotypes conduisant en fait à des critères de choix préformés qui déforment la relation à l’Autre. Ces critères préformés conduisent à des comportements stéréotypés source de souffrances chez les individus.

Mes patientes ne savent souvent pas ce qu’elles veulent tant elles sont déconnectées d’elles-mêmes, tant elles sont surconnectées aux injonctions de la société. En résulte une souffrance provenant d’un comportement qui ne vient pas d’elles-mêmes mais qu’elles s’imposent… et qui pour elles est obligatoire car une femme aimante « fait toujours ça ». Elles se livrent à un comportement sexuel idéalisé qui en réalité n’est qu’un simulacre s’appuyant lui-même sur des stéréotypes.

Les injonctions provenant de la pornographie

La consommation de sexe est un marché en pleine expansion, le consommateur pense y cheminer par lui-même, en faisant ses propres choix. Mais il est consciemment ou inconsciemment conditionné par les valeurs de la société et la pornographie. Penchons-nous sur certaines pratiques sexuelles illustrant ces injonctions et stéréotypes comportementaux…

La femme docile

Eva me raconte qu’avec ses partenaires, elle est performante. La performance consiste pour elle à être docile, se laisser faire, toujours faire des fellations et toujours faire semblant de jouir. Car elle n’a pas de plaisir, ne cherche qu’à satisfaire son partenaire pour qu’il se sente viril. Le sexe c’est pénible, elle ne sait pas ce qu’est le plaisir de faire l’amour. Elle se demande si elle est normale et ajoute que toutes ses copines vivent la même chose !

Annie me raconte que son mari lui impose une relation sexuelle par jour, et parfois 4 le week-end, qu’elle n’en peut plus. Elle a réussi à lui dire non, en écoutant pour la première fois son corps qui par des cystites à répétition lui signifiait que ce n’était plus supportable. Son mari l’a très mal pris et lui a parlé de devoir conjugal qu’elle ne respectait pas, son couple bat de l’aile. Pour lui, la femme est un objet sexuel qui doit se soumettre à ses désirs, peu importe si elle a des désirs ou non. Souvent le soir alors qu’elle lisait au lit, il venait, baissait son pantalon et lui tendait son sexe en lui disant « suce-moi ». Il ne lui est jamais venu à l’idée que ce comportement était immonde et ma patiente a mis du temps à conscientiser la violence de cet acte tant le diktat de la pornographie est puissant.

Il me semble que harcèlement ou même viol conjugal seraient des termes plus adaptés.

Faire l’amour : une performance individuelle

Flore me raconte avoir couché avec un homme qui lui a sauté dessus « comme si elle était un bonbon ». Elle était toute surprise par cet assaut et n’a su que faire. Elle a attendu que ça se passe. Il lui a demandé ce qu’elle voulait qu’il lui fasse et ça l’a bloqué. « C’était comme dans un restau, vous désirez encore un peu de gâteau ou plutôt du flanc ? ». « A la fin, il s’est détourné et s’est endormi. Il ne m’a pas prise dans ses bras et j’ai eu envie de pleurer ».

Virginie ne fait l’amour que tous les deux mois, son partenaire n’a pas envie de perdre son temps à de telles futilités et quand il lui arrive d’avoir envie, il la prend la nuit quand elle dort et éjacule au bout de 3 minutes quand elle se réveille. Au mot de viol, elle s’insurge et ne veut pas l’entendre. Elle est attirée par un ami mais n’ose pas succomber car elle aime son compagnon. Elle a régulièrement mal à l’utérus car elle a envie de faire l’amour et souffre physiquement de ce manque.

« Les femmes qui couchent, ce sont des putes (ou des salopes) »

Emilie dit aimer faire l’amour avec des inconnus mais en a honte. Elle est divorcée et mère de famille, ce comportement n’est pas en adéquation avec son éducation et les valeurs que ses parents lui ont inculquées. Elle me raconte et me demande d’un air contrit : « prendre un amant d’un soir, c’est mal ? ». A la question « Y avez-vous pris du plaisir ? », elle me répond avec des yeux brillants et un large sourire « oui ! ».

Nadège, qui ne trouve pas de compagnon et qui souffrait de ne pas avoir de relations sexuelles, m’explique qu’elle a trouvé la solution idéale. Elle se rend régulièrement en club échangiste, se choisit de beaux partenaires et « se fait baiser par eux », sous les regards d’hommes se masturbant. Elle y trouve une grande jouissance car elle est dans ce cas toute puissante, ce qui la venge de la vraie vie où personne ne s’intéresse à elle.

« Les poils c’est absolument dégueulasse, jamais je ne pourrais être avec une femme non épilée ». Paul me dit ne pouvoir faire l’amour qu’avec des femmes épilées intégralement. « La première chose que je leur demande, c’est ça ». Il va jusqu’à prendre rendez-vous pour elles chez l’esthéticienne pour qu’elles se fassent épiler avant de coucher avec elles.

La psychanalyse face à ces histoires de sexe

Nous avons donc dans un même lieu deux personnes qui font l’amour ou, plutôt, ont une relation sexuelle dans laquelle chacun joue une scène d’un scénario que lui aura édicté son vécu conditionné par la société et ses diktats. Deux individus seuls avec eux-mêmes qui jouent un rôle avec dans leur tête : « Il faut que je fasse ça, un cunni puis une fellation car il faut toujours commencer ainsi puis… », une sorte de clé multiprise du sexe. Et en avant la Légion !

Apprendre à exister pour soi

En apprenant par un travail psychanalytique à nous connaître, nous apprenons à faire la différence entre les injonctions et nos véritables désirs. Nos désirs seront alors assouvis en pleine conscience et donc en accord intime avec nous-même. Nadège n’aura plus honte d’aller en club, ni honte de prendre son pied en utilisant comme elle le dit des hommes beaux qu’elle ne pourrait pas avoir dans la vie ordinaire. Et Emilie pourra s’accorder le droit de faire l’amour avec des inconnus sans se qualifier des pires adjectifs et au final vivre ses aventures d’une nuit sereinement. Les partenaires de Paul oseront dire non à ses exigences de sexe entièrement épilés. Virginie finira par quitter son compagnon et a retrouvé un homme complétement différent qui lui fait l’amour avec attention et aussi souvent qu’elle le désire.

L’amour : la cérémonie japonaise du thé ?

Faire l’amour, c’est prendre soin de l’Autre, ne pas l’utiliser comme un objet duquel on veut tirer son propre plaisir, mais communiquer dans cette danse pour arriver à une apothéose finale avec ou sans orgasme.

Faire l’amour c’est ne pas avoir un comportement centré sur soi : la danse ne peut pas se réaliser si chacun regarde dans une direction différente. Recevoir et donner, ne plus vivre avec l’idée que l’autre vous juge et attend de vous telle ou telle chose, accepter l’Autre tel qu’il est… Tout cela s’apprend.

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Le déni de grossesse

Comment soigner le déni de grossesse ? Notre approche psy aborde le terme « déni » dans ses acceptions psychanalytiques. Lire la suite

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Le harcèlement d’un enfant de 6 ans

Mon petit garçon de 6 ans se fait harceler à l’école par son meilleur ami. Dernièrement, ce dernier l’a giflé, griffé au visage. Les maîtresses nous ont alertés mon mari et moi. Nous sommes tombés des nues car notre fils ne nous avait rien dit de ce qu’il vivait à l’école. Pouvez-vous nous aider ?

Bastien vient en consultation avec ses parents et les laisse m’expliquer que parfois Paul lui prend ses affaires, le gifle, l’insulte.

Bastien est victime d’un comportement pouvant être qualifié de pervers, de la part de Paul qui souffle le chaud et le froid : il est quelque fois gentil et souvent méchant. Bastien ne sait jamais à quoi s’attendre de la part de son ami.

Paul a également isolé Bastien des autres enfants de l’école. Les deux forment un binôme qui n’accepte pas les autres. Bastien et Paul n’ont pas d’ami. Ils font bande à part.

Bastien aime profondément son ami et ne veut pas le dénoncer de peur de le perdre. Il prend sur lui les souffrances que Paul lui inflige.

Les enfants portent nos souffrances

Les enfants sont les révélateurs des souffrances non parlées et parfois non conscientisées par leurs parents. Ils vont donc inconsciemment s’arranger pour créer des situations qui à travers eux vont faire revivre à leurs parents les traumatismes non guéris. Car nos enfants sont en quelque sorte nos thérapeutes.

La mère de Bastien a été victime de pervers narcissiques

Elle a été victime dans sa vie passée de personnes qui lui faisaient délibérément mal et auxquelles elle était très attachée. Elle me raconte alors avec beaucoup d’émotion devant Bastien qu’elle a vécu une grande histoire d’amour avec un homme qui la trompait ouvertement, qui disait qu’il cesserait et qui immanquablement recommençait. Pour se sauver, elle l’avait quitté et avait changé de pays pour plusieurs années afin de ne plus être tentée de retourner vers lui.

Le père de Bastien, victime de pervers narcissiques

Le papa de Bastien a lui aussi vécu une histoire semblable. Son amoureuse de l’époque lui racontait par le détail ses expériences sexuelles avec ses amants.

…L’enfant devient la proie d’un enfant pervers afin que ses parents guérissent de leurs histoires respectives.

Les enfants, reflets du vécu des parents

Quel est le parent de Bastien qui a lui-même en tant qu’enfant protégé son parent ?

Bastien ne veut pas inquiéter ses parents et ne leur dit rien de ce qu’il subit. Ils l’apprennent par l’école. Parfois, des griffures sur le visage ou des effets personnels qui manquent, témoignent de cette violence sourde.

Je questionne alors ses parents sur la volonté de Bastien de les protéger en ne leur racontant rien sur son vécu avec Paul.

La maman de Bastien a protégé son propre père

La maman de Bastien me raconte que sa mère a quitté son père alors qu’elle avait 8 ans. Elle a vu son papa en grande souffrance et a eu peur de le perdre aussi. Elle est devenue de ce fait une petite fille parfaite, qui prenait tout sur elle et qui consolait son papa. Elle s’est transformée en maman de son papa et n’a pas pu vivre une vie de petite fille qui peut s’appuyer sur ses parents pour grandir.

Bastien entend sa maman me raconter son histoire et je lui explique que ses parents à lui sont forts et qu’il peut sans crainte leur dire ce qui se passe dans sa vie. Les parents sont là pour protéger leurs enfants. Ils sont grands et peuvent tout entendre.

Bastien ne veut plus voir Paul car Paul lui fait du mal. Il me dit qu’il n’est pas triste. Paul n’est plus son ami. Il a de nouveaux copains et est invité aux anniversaires de ces derniers. Un de ses nouveau ami est même venu dormir à la maison.

La thérapie transgénérationnelle m’a permis de traiter la source du problème de Bastien : ses parents et leurs histoires respectives qui font fantômes car non résolues. Ces fantômes sont portés par Bastien. Il va donc vivre des situations qui vont obliger ses parents à se réparer. Le problème réglé, Bastien n’a plus aucune envie d’être l’ami de Paul.

Il aura suffi de cinq séances pour que Bastien soit guéri.

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A lire sur le site :

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Réponses psy aux questions sur le déni de grossesse

Le déni de grossesse est le fait pour une femme d’être enceinte en n’en ayant pas conscience pendant un temps relativement long pouvant aller de 5 mois de grossesse à la date de l’accouchement.

Cet article aborde les questions les plus frappantes qui m’ont été posées par les participantes à la conférence que j’ai tenue à Argenteuil le 6 octobre 2017, à l’association Cause biberon qui traite de thèmes tournant autour de la parentalité et de la petite enfance.

Toutes les femmes ne font pas un déni de grossesse

Clairement non, toutes les femmes ne peuvent pas faire l’objet d’un déni. Le déni est le résultat d’une faille dans la vie des femmes qui en ont fait l’objet. Ces failles ne vont pas permettre à la jeune femme de se sentir femme dans sa tête et par conséquent, elle ne va pas pouvoir s’autoriser le droit de devenir mère.

Des causes multiples peuvent être à l’origine de ces failles. Souvent, elles ne sont même pas conscientisées par ces jeunes femmes qui vont dire que tout va bien dans leur vie.

L’origine peut provenir d’une enfance avec de la maltraitance, par exemple un inceste ayant eu lieu très tôt dans l’enfance et ayant été oublié par le mécanisme du refoulement. La cause peut aussi relever d’un climat incestuel lourd ou encore de la violence larvée d’autant plus traumatisante que non conscientisée par la victime. Une de mes patientes victime d’un déni se faisait depuis toujours insulter, battre par ses parents, elle n’avait le droit de ne rien faire et tout ce qu’elle faisait, était de toute façon « mal ».

Déni : la Femme n’existe pas chez ces jeunes femmes

Dans le cas cité précédemment, les parents la traitaient comme une petite fille alors même qu’elle avait 19 ans. La sexualité était décrite comme sale. Cette jeune femme n’a pas eu l’autorisation de devenir une femme, elle se devait pour répondre aux exigences de ses parents, de rester une petite fille. Il était frappant de l’entendre parler car elle parlait d’une voix de petite fille et utilisait un vocabulaire de petite fille.

Ces jeunes femmes n’ont pas eu la possibilité de faire naître en elles la femme qu’elles sont. Une femme victime d’un déni de 5 mois disait ne pas être contente d’être une femme. Elle aurait toujours voulu être un homme. Elle se rase régulièrement les cheveux et porte un foulard sur son crâne chauve. Les cheveux sont un symbole sexuel et sont un signe de la féminité. Elle n’a pas pu allaiter son enfant. Ici encore, la femme n’a pas la possibilité d’exister. Le livre du docteur Danièle Flaumenbaum, Femme désirée, femme désirante, 2006, édition Payot aborde longuement ces réalités.

Risque de décompensation à la découverte de la grossesse

Elles ne peuvent pas conscientiser leur grossesse sous peine de décompenser, c’est-à-dire de se mettre en danger, à l’annonce de leur grossesse. Une autre de mes patientes m’a racontée qu’après avoir appris par son gynécologue lors d’un banal examen gynécologique, sa grossesse de 5 mois, qu’elle était sortie en état de choc et s’était demandée pendant plusieurs minutes comment elle allait pouvoir mettre fin à ses jours. Se poignarder ou se jeter sous le métro. Finalement, sa pulsion de vie a été plus forte et elle a réussi à rentrer chez elle.

L’origine peut également être transgénérationnelle, comme l’a montré Bruno Clavier, Les fantômes familiaux, 2013, édition Payot.

Il peut arriver que l’enfance se soit passée sans encombres mais qu’il y ait tout de même un déni.

Il faudra alors chercher dans l’arbre généalogique les femmes qui auraient également fait un déni au même âge. Il s’agira de faire une enquête dans la famille afin de trouver le traumatisme dans les lignées paternelle et maternelle pour faire cesser le phénomène de répétition. Il sera courant, de retrouver une grand-mère ou une arrière- grand-mère, une tante ou une grande tante qui auront fait un déni au même âge. Et ce n’est pas toujours chose aisée car une patiente me disait qu’elle se heurtait à une véritable omerta familiale face aux questions qu’elle posait afin d’élucider son déni de 5 mois.

L’enfant issu du déni souffre aussi

Je terminerais par l’enfant qui est issu du déni. Il semble, bien qu’il y ait là encore une absence de statistiques, que l’enfant est souvent un enfant qui ne va pas bien. Être pendant 5 voire 9 mois dans un ventre où il n’y a pas d’interaction avec la femme qui le porte est source d’une profonde souffrance in utero.

Une maman victime d’un déni de 5 mois me racontait que son bébé une fois né n’a cessé de pleurer des semaines entières. Elle n’arrivait pas à le calmer. Il n’a pas voulu téter, comme si le lien avec sa mère n’était pas fait. Il ne veut pas de son lait, il ne veut pas être nourri par elle.

Cet enfant a eu des troubles du comportement, des problèmes auditifs. Cela vient corroborer les observations que j’ai faites dans mon mémoire sur le déni. L’absence d’interaction lors de la grossesse affecte l’audition, cet enfant n’entendait pas d’une oreille et a dû être opéré. Dans mon mémoire, l’enfant a des bouchons tellement énormes qu’il doit tous les 3 mois se faire faire un nettoyage chez son médecin ORL. Ces enfants s’enferment dans une bulle, ou sont enfermés dans une bulle pendant la durée du déni. Bulle qu’ils recherchent en n’ayant pas inconsciemment envie d’entendre.

En conclusion, il me semble que le déni gagne à être plus sujet à étude car, aussi bien les femmes que les enfants qui en sont issus, sont placés dans une situation de déni de leurs souffrances respectives. Écouter, expliquer pour réparer afin de pouvoir passer à autre chose me semble la meilleure solution.

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A lire sur le site : Le déni de grossesse

Je travaille depuis 2013 sur le déni vu du côté de l’enfant. Cette approche a donné lieu à des restitutions devant mes pairs dans le cadre de ma formation de psychanalyste.

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Petit monstre, ou quand l’enfant ainé devient tyran à l’arrivée de bébé

Bébé arrive, l’ainé(e) le jalouse, devient violent, souffre. Comment prévenir les maux de l’ainé ?

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Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Mon petit frère de 10 ans dort dans le lit de mes parents…

« Mon petit frère de 10 ans dort dans le lit de mes parents et mon père dort dans celui de mon petit frère. Mon petit frère a peur de dormir seul dans sa chambre, c’est pour cela que maman accepte qu’il dorme avec elle. Cela fait maintenant plusieurs mois. » Qu’en pensez- vous ?

Cette situation fait naître plusieurs points que je vais développer successivement.

Où se trouvent le mari et le père ?

Un enfant aime  inconditionnellement  sa mère. Il se séparera d’elle en étant aidé par son père qui se positionne clairement en tant que mari de sa mère. L’enfant qui dort avec sa mère, chaque nuit, aura la confirmation qu’il a le droit d’empiéter sur le domaine réservé à son père. Comment va-t-il pouvoir se construire en tant qu’homme face à ce père défaillant, inexistant ?

Où est le couple ?

Comment préserver l’intimité des parents quand l’enfant squatte le lit conjugal ? L’intimité du couple est bafouée. Peut- être que votre mère amène son fils à combler un besoin de proximité qu’elle ne retrouve plus avec son conjoint. Elle doit se demander si son rôle de mère vient remplacer la relation avec son conjoint. Dans ce cas, il y a un problème.

L’enfant se trouve à la place potentielle d’un partenaire sexuel

L’enfant qui dort avec sa mère n’est pas à sa place et joue inconsciemment le rôle de partenaire potentiel. Même sans passage à l’acte, il est emprisonné dans une relation incestuelle. Cette confusion des identités peut avoir des effets délétères sur son développement et sa sexualité future. L’interdit de l’inceste incite l’enfant à se tourner vers d’autres objets d’amour et à grandir. Le lit conjugal est un lieu riche en symboles. La proximité que sa mère lui impose avec son corps, sa respiration, ses odeurs, peuvent lui procurer des sensations érogènes, source de culpabilité pour lui. La sexualité infantile se découvre seul, par des caresses et pas au contact d’un adulte.

L’enfant est victime d’un inceste virtuel

L’inconscient de l’enfant subit une agression par ce passage à l’acte qui est de devoir dormir avec sa mère. Chez ces enfants victimes, restera à l’âge adulte des troubles psychiques et sexuels. On parle d’inceste psychique symbolique, sans passage à l’acte mais avec des conséquences aussi gravissimes que si le passage à l’acte avait eu lieu. Ce sont des incestes non consommés, mais aux conséquences aussi graves que ceux commis physiquement.

L’enfant ne peut pas grandir

L’impossibilité de quitter le cocon familial à l’âge adulte n’est jamais affaire de constitution mais affaire d’éducation. L’enfant doit pouvoir grandir et se séparer. Après la naissance, l’enfant enchaîne les séparations, le sevrage, la marche… Il s’éloigne à chaque fois un peu plus de ses parents pour se construire comme un être à part entier. Pour quitter à l’âge adulte le cocon familial, l’enfant a besoin de ses parents qui lui font confiance et lui ont appris à affronter peu à peu les difficultés. Il s’agit de partir sans angoisse, il ne s’agit ici que de quitter son enfance. Pour naître à la vie d’homme. Or ici, l’enfant ne possède pas la forme d’autonomie qui est celle de dormir seul. Ses parents lui confirment qu’il a raison d’avoir peur, qu’il est dangereux de dormir seul dans sa chambre et au final que la vie est pleine de dangers. Cette pratique exacerbe l’angoisse de l’enfant. Ce que l’enfant désire c’est qu’on le rassure, qu’il sente qu’on l’accompagne et qu’on est là pour lui.  Mais cela ne veut pas dire lui ouvrir son lit. Le rôle du parent est de l’amener vers l’autonomie, vers l’extérieur, et les autres, non pas de l’amener vers soi. A 10 ans, la période œdipienne est terminée et ce garçon est entré dans une phase de latence, phase de repos et de consolidation des positions acquises. Les instincts sexuels sommeillent et le comportement peut être dominé par la pudeur et le dégout. L’enfant se tourne vers des domaines comme le sport, les amis. Cette phase de maturation demande à être respectée afin que puisse naître le futur homme. Or, dormir avec sa mère signifie ne pas respecter cette phase et en conséquent ne pas permettre à ce fils de devenir un homme à part entière. Votre mère a du mal à accepter que son fils puisse s’éloigner d’elle. Par cette situation, elle pousse son fils à retourner en arrière c’est-à-dire d’où l’on vient, or l’on vient toujours du ventre maternel. Le rôle du père est de barrer l’accès à ce retour mortifère et d’amener son fils vers la vie.

Comment faire cesser cela ? L’apport de la psychanalyse

Il faudrait avant tout que cette mère se fasse aider afin de pouvoir regarder sa propre histoire en face et ainsi se rendre compte de l’abus qu’elle fait subir à son enfant. Cette femme ne peut pas et ne veut pas voir quoi ?  Que lui a-t-on fait subir petite pour qu’elle reproduise sur son fils cet abus ?

Il y a des techniques qui existent pour permettre à l’enfant de reconquérir sa liberté.

On peut lui proposer de s’assoir à côté de lui lors de l’endormissement et on sort de la chambre après.

On peut placer une chaise à côté du lit et chaque soir on éloigne un peu plus la chaise du lit pour se diriger vers la porte.

On peut également mettre un  matelas à côté du lit, où on dort et faire glisser chaque jour progressivement le matelas vers la porte.

Il s’agit aussi et surtout de rassurer cet enfant en lui disant que la vie n’est pas pleine de dangers et que c’est merveilleux de grandir pour partir et vivre sa vie d’homme, libre.

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Victime d’un manipulateur pervers narcissique en famille ?

« Depuis trois ans, je vis avec un homme qui, quand je l’ai rencontré, avait tout pour plaire: il avait un côté rassurant, il avait du charisme, il gagnait bien sa vie.

Très vite, sans même que je ne m’en rende compte, il a commencé à être dévalorisant et culpabilisant. Dès que j’essaye de parler avec lui de ce problème, dans l’espoir d’avoir une relation de couple saine, il me dit que c’était moi qui prend tout mal, que l’on ne peut rien me dire, que je suis excessive et susceptible. Toutes ses phrases commencent par : « mais c’est toi qui… ». Je ne peux pas avoir une discussion constructive avec lui. C’est tout simplement impossible, il est incapable de se remettre en question. Quand je n’en peux plus et que je finis par partir, il me le reproche. Il a levé la main sur moi plus d’une fois. Je me dis que je l’ai poussé à bout, que c’est moi qui l’entraine à se conduire de la sorte. Parce que j’agis forcément d’une façon qui ne lui convient pas. Il faut que je rentre dans son cadre, que je sois comme il veut que je sois. « Tu es trop ceci, tu es trop cela ». Tantôt il me culpabilise, tantôt il me fait des éloges. Notre vie n’est que disputes et pleurs. Que puis-je faire pour sortir de cette impasse ? »

Culpabilisation et destruction de l’autre

Charmeur, séduisant, intelligent… Au premier abord, un pervers narcissique présente de nombreuses qualités et c’est bien là le danger ! Il nous protège, nous comprend. C’est le prince charmant. Le premier moment d’enchantement passé, il va immanquablement révéler sa vraie nature : intrusif, manipulateur, parfois violent, mais aussi doucereux presque hypnotique. Alternant agression et douceur, démonstration de force et (fausse) soumission, le pervers narcissique réduit l’autre à l’état d’objet. Grâce à son emprise, le manipulateur grignote le cerveau de l’autre jusqu’à le faire douter de lui-même. Il le détruit à petit feu, le coupe de son entourage.

Il culpabilise, dévalorise l’autre, sème la zizanie, change ses opinions et ses comportements en fonction des situations, ne tient pas compte des besoins des autres, il est tout simplement incapable d’empathie. Il n’a aucun problème, va très bien et considère que tous les problèmes viennent de l’autre. D’où une incapacité totale à se remettre en cause. L’autre perd de plus en plus pied, cherche à s’améliorer, à lui plaire, ne comprend plus rien et sombre souvent dans la dépression, la dévalorisation de lui-même pouvant aller jusqu’à la tentative de suicide.

L’approche du psychanalyste

Le travail thérapeutique va consister à chercher dans l’histoire de la victime, les failles qui font qu’elle donne prise à ce type de personnes, à ensuite décortiquer les mécanismes de manipulation ne serait-ce que pour les identifier et éviter qu’ils ne se reproduisent. Mais, au final, et sans doute avant tout, à sortir de cette relation d’interdépendance en comprenant le pourquoi de cette attirance. Il importe ensuite d’apprendre à renoncer à l’attente, si valorisante, d’être aimé par cette personne et à faire le deuil d’une communication idéale avec celle-ci.

Toutes les victimes évoquent « un sentiment de malaise », mélange d’attirance et de répulsion devant ce type de personne. Toutes notent aussi qu’elles n’ont, le plus souvent, pas pu ou pas voulu entendre ces signaux d’alerte. Et lorsqu’elles en prennent conscience, il est déjà souvent trop tard. La thérapie va permettre, d’une part, à apprendre à entendre ces divers signaux, à les décrypter et, d’autre part,  de se remettre « après », de se reconstruire psychiquement et éviter d’y replonger. Car souvent, la solution la plus adéquate sera la fuite. Et un travail sur soi-même qui évitera de répéter cette situation, en d’autres termes de retomber sous le charme d’un autre manipulateur.

Lire les approches thérapeutiques et la psychanalyse d’une victime d’un manipulateur pervers narcissique au travail.