Valérie Sengler psychanalyste à Paris et Saint-Mandé

Thérapies brèves. Psy spécialiste des pathologies lourdes, enfant, adolescent, adulte

Petit monstre, ou quand l’enfant ainé devient tyran à l’arrivée de bébé

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Petit monstre, ou quand l’enfant ainé devient tyran à l’arrivée de bébé

Bébé arrive, l’ainé(e) le jalouse, devient violent, souffre. Comment prévenir les maux de l’ainé ?

« Je suis maman d’un petit garçon de 2 ans qui depuis l’arrivée de son petit frère qui a maintenant 7 mois tape, hurle,  fait des caprices. Il est devenu ingérable et je suis complétement perdue face à ce fils qui s’est transformé en petit monstre. Je ne comprends plus rien. Pouvez-vous m’aider ? »

L’enfant ainé, relégué au deuxième plan

L’arrivée d’un deuxième enfant est toujours source de tension dans une famille. L’ainé qui faisait l’objet de toutes les attentions est soudainement relégué au deuxième rang par ce nouvel arrivant. C’était un peu un enfant roi ; ses parents n’avaient à se préoccuper que de lui. Et, d’un coup, d’un seul, il perd son statut « d’être unique » face à cet inconnu qui « prend sa place ».

Naissance d’une panoplie d’émotions sombres

L’ enfant va se trouver confronté à des émotions très violentes, parmi lesquelles une grande injustice car, dorénavant, c’est ce petit être minuscule et geignard, dont l’arrivée est vécue comme un événement extraordinaire, qui attire tous les regards et tous les compliments. Et lui, l’ainé, semble requérir moins d’attention.

Ce sentiment d’injustice va susciter chez l’ainé de la colère, colère de se sentir rejeté car moins regardé, mais aussi beaucoup de tristesse face à cette situation qu’il ne peut pas comprendre car il est trop petit.

Nouveau langage : frapper, crier, mordre…

Votre petit garçon face à ses émotions violentes et face à cet énorme sentiment d’injustice de ne plus avoir sa maman toute pour lui va développer une forme de langage destiné à vous faire comprendre sa souffrance.

Comme il ne possède pas encore les mots et un langage structuré comme nous les adultes, il va utiliser son langage à lui pour exprimer ses malheurs, sa colère de passer en deuxième ; par exemple, sa tristesse de voir sa maman en symbiose avec son nouveau bébé, de l’observer lui donner le sein, de lui faire des câlins, de la voir – comme souvent le sont les mamans de nourrissons – complétement obnubilée par leur petit, son impuissance face à cette situation qui lui a été imposée et qu’il ne s’imaginait pas ainsi…

Sentiment de tromperie face à un tableau idyllique

Sans doute avez-vous préparé votre ainé à l’arrivée du petit dernier. Sans doute l’avez-vous fait participer pendant les 9 mois de grossesse à ce qui se passait en vous et l’avez fait rêver à ce petit frère ou petite sœur qui grandissait dans votre ventre. Sans doute lui avez-vous décrit les joies des jeux ensemble et la joie de ne plus être enfant unique. Bref, vous lui avez sans doute fait un tableau idyllique concernant ce petit.

Vous avez certainement omis de lui dire cette chose qui est essentielle pour lui et qui est qu’il ne sera désormais plus jamais seul à vos côtés, qu’il ne sera plus « l’Unique » et qu’il devra partager ses parents. Pour lui, ce terrible bouleversement qui allait transformer sa vie de fond en comble lui a été « caché », ou pire, lui a été « travesti » en un événement dont il ne devait que se réjouir. Etre heureux alors qu’en fait son monde « se brise en mille morceaux ».

Impossibilité de dire sa souffrance d’enfant et son sentiment de culpabilité

Votre fils (il peut évidemment s’agir d’une fille) ne peut pas face à la joie de la famille accueillir toutes ses émotions « négatives ». Il n’est pas capable à son âge de faire le tri entre ce qu’il ressent et ce qui est bien ou mal. Il ne comprend qu’une chose : cette nouvelle arrivée est source d’une immense joie dans la famille alors que pour lui, elle est source d’un immense désespoir. Il en conclut certainement que c’est lui qui est mauvais car il ne devrait pas ressentir ces émotions qui le submergent. Cela crée beaucoup de confusion, confusion qui vient se rajouter à ce qu’il vit déjà…

La psychanalyse pour aider l’enfant ainé face à la naissance du puiné

Il me semble que, avant la naissance du deuxième enfant, mais aussi après son arrivée, mettre concrètement des mots sur toute la palette d’émotions qui va accompagner cette naissance serait hautement bénéfique. Ainsi lui dire : «  Avoir un petit frère c’est super car quand il sera plus grand vous pourrez jouer ensemble, mais au début quand il va être là ça va être un peu différent de maintenant car il va demander beaucoup d’attention et je serai moins disponible pour toi. ». Décrivez-lui les situations concrètement afin de la rassurer : « Je risque d’être moins présente pour toi car c’est un tout petit ».

Assurez l’enfant de votre amour indéfectible pour lui

Votre enfant a besoin d’être rassuré et de se savoir aimé par vous. Pour vous c’est évident, mais un enfant à qui nous ne disons pas « je t’aime », ne le sais pas. « Tu resteras toujours mon fils, mon grand, et je t’aimerai toujours ! ».

Aménagez du temps seul avec lui

Passez des moments avec lui, tous les deux uniquement afin qu’il vous ait à lui tout seul sans son frère. Cela permettra de créer des moments de complicité et de plaisir qui vous appartiennent. Il aura sa maman pour lui tout seul et cela le rassurera sur votre amour et sur le fait qu’il y a encore une place pour lui malgré le bébé.

Mettez des mots sur les émotions de l’enfant

En nommant sa colère, sa tristesse, sa frustration, vous les légitimez et ainsi vous le rassurez. « Je comprends que tu sois en colère car je suis moins disponible pour toi, j’entends ta colère, et tu as le droit d’être en colère ».

Valorisez l’enfant en tant qu’ainé

Faites-lui découvrir tous les avantages qu’il a d’être l’ainé. Il peut parler, il marche, il peut vous aider. Bref, « ce n’est pas très intéressant d’être un bébé : ça a des couches, ça pleure, ça ne parle pas ; c’est mieux d’être un grand ! ».

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À propos de l’auteur

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris editor

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