Petit monstre, ou quand l’enfant ainé devient tyran à l’arrivée de bébé

Petit monstre, ou quand l’enfant ainé devient tyran à l’arrivée de bébé

Bébé arrive, l’ainé(e) le jalouse, devient violent, souffre. Comment prévenir les maux de l’ainé ?

« Je suis maman d’un petit garçon de 2 ans qui depuis l’arrivée de son petit frère qui a maintenant 7 mois tape, hurle,  fait des caprices. Il est devenu ingérable et je suis complétement perdue face à ce fils qui s’est transformé en petit monstre. Je ne comprends plus rien. Pouvez-vous m’aider ? »

L’enfant ainé, relégué au deuxième plan

L’arrivée d’un deuxième enfant est toujours source de tension dans une famille. L’ainé qui faisait l’objet de toutes les attentions est soudainement relégué au deuxième rang par ce nouvel arrivant. C’était un peu un enfant roi ; ses parents n’avaient à se préoccuper que de lui. Et, d’un coup, d’un seul, il perd son statut « d’être unique » face à cet inconnu qui « prend sa place ».

Naissance d’une panoplie d’émotions sombres

L’ enfant va se trouver confronté à des émotions très violentes, parmi lesquelles une grande injustice car, dorénavant, c’est ce petit être minuscule et geignard, dont l’arrivée est vécue comme un événement extraordinaire, qui attire tous les regards et tous les compliments. Et lui, l’ainé, semble requérir moins d’attention.

Ce sentiment d’injustice va susciter chez l’ainé de la colère, colère de se sentir rejeté car moins regardé, mais aussi beaucoup de tristesse face à cette situation qu’il ne peut pas comprendre car il est trop petit.

Nouveau langage : frapper, crier, mordre…

Votre petit garçon face à ses émotions violentes et face à cet énorme sentiment d’injustice de ne plus avoir sa maman toute pour lui va développer une forme de langage destiné à vous faire comprendre sa souffrance.

Comme il ne possède pas encore les mots et un langage structuré comme nous les adultes, il va utiliser son langage à lui pour exprimer ses malheurs, sa colère de passer en deuxième ; par exemple, sa tristesse de voir sa maman en symbiose avec son nouveau bébé, de l’observer lui donner le sein, de lui faire des câlins, de la voir – comme souvent le sont les mamans de nourrissons – complétement obnubilée par leur petit, son impuissance face à cette situation qui lui a été imposée et qu’il ne s’imaginait pas ainsi…

Sentiment de tromperie face à un tableau idyllique

Sans doute avez-vous préparé votre ainé à l’arrivée du petit dernier. Sans doute l’avez-vous fait participer pendant les 9 mois de grossesse à ce qui se passait en vous et l’avez fait rêver à ce petit frère ou petite sœur qui grandissait dans votre ventre. Sans doute lui avez-vous décrit les joies des jeux ensemble et la joie de ne plus être enfant unique. Bref, vous lui avez sans doute fait un tableau idyllique concernant ce petit.

Vous avez certainement omis de lui dire cette chose qui est essentielle pour lui et qui est qu’il ne sera désormais plus jamais seul à vos côtés, qu’il ne sera plus « l’Unique » et qu’il devra partager ses parents. Pour lui, ce terrible bouleversement qui allait transformer sa vie de fond en comble lui a été « caché », ou pire, lui a été « travesti » en un événement dont il ne devait que se réjouir. Etre heureux alors qu’en fait son monde « se brise en mille morceaux ».

Impossibilité de dire sa souffrance d’enfant et son sentiment de culpabilité

Votre fils (il peut évidemment s’agir d’une fille) ne peut pas face à la joie de la famille accueillir toutes ses émotions « négatives ». Il n’est pas capable à son âge de faire le tri entre ce qu’il ressent et ce qui est bien ou mal. Il ne comprend qu’une chose : cette nouvelle arrivée est source d’une immense joie dans la famille alors que pour lui, elle est source d’un immense désespoir. Il en conclut certainement que c’est lui qui est mauvais car il ne devrait pas ressentir ces émotions qui le submergent. Cela crée beaucoup de confusion, confusion qui vient se rajouter à ce qu’il vit déjà…

La psychanalyse pour aider l’enfant ainé face à la naissance du puiné

Il me semble que, avant la naissance du deuxième enfant, mais aussi après son arrivée, mettre concrètement des mots sur toute la palette d’émotions qui va accompagner cette naissance serait hautement bénéfique. Ainsi lui dire : «  Avoir un petit frère c’est super car quand il sera plus grand vous pourrez jouer ensemble, mais au début quand il va être là ça va être un peu différent de maintenant car il va demander beaucoup d’attention et je serai moins disponible pour toi. ». Décrivez-lui les situations concrètement afin de la rassurer : « Je risque d’être moins présente pour toi car c’est un tout petit ».

Assurez l’enfant de votre amour indéfectible pour lui

Votre enfant a besoin d’être rassuré et de se savoir aimé par vous. Pour vous c’est évident, mais un enfant à qui nous ne disons pas « je t’aime », ne le sais pas. « Tu resteras toujours mon fils, mon grand, et je t’aimerai toujours ! ».

Aménagez du temps seul avec lui

Passez des moments avec lui, tous les deux uniquement afin qu’il vous ait à lui tout seul sans son frère. Cela permettra de créer des moments de complicité et de plaisir qui vous appartiennent. Il aura sa maman pour lui tout seul et cela le rassurera sur votre amour et sur le fait qu’il y a encore une place pour lui malgré le bébé.

Mettez des mots sur les émotions de l’enfant

En nommant sa colère, sa tristesse, sa frustration, vous les légitimez et ainsi vous le rassurez. « Je comprends que tu sois en colère car je suis moins disponible pour toi, j’entends ta colère, et tu as le droit d’être en colère ».

Valorisez l’enfant en tant qu’ainé

Faites-lui découvrir tous les avantages qu’il a d’être l’ainé. Il peut parler, il marche, il peut vous aider. Bref, « ce n’est pas très intéressant d’être un bébé : ça a des couches, ça pleure, ça ne parle pas ; c’est mieux d’être un grand ! ».

***

Lire sur le site tous nos articles abordant la psychanalyse et l’enfant.

10 Comments

  1. Bonjour
    Je vis cette situation difficile mon ainé avec qui j avais un lien très fusionnel depuis la naissance de mon 2 eme enfant a cessé de m appeler maman alors que ce fut son 1 er mot et qu il sait à qui il fait référence il ne m appelle plus ou fait exprès de m appeler papa car pendant le temps de la maternité il s est retourné vers son père qui a pris mon rôle pendant ce temps là.
    Ca m atteint énormément

    1. Bonjour Lily,
      Ce que vous vivez est difficile… mais normal, aussi ! Vous aviez une relation fusionnelle avec votre premier enfant. Il était dans sa tête et dans sa vie le premier pour maman. L’arrivée d’un deuxième enfant est toujours très douloureuse pour l’ainé car sa maman est occupée et obnubilée par ce petit bébé qui réclame toute son attention. De fait, Il est relégué brusquement au second plan. C’est une excellente chose car il coupe le cordon avec sa maman et est obligé de grandir. Cependant, il peut y avoir des régressions et des attitudes de rejet comme c’est le cas de votre enfant à votre encontre. Ces attitudes témoignent d’une grande souffrance de votre petit. Il se croit abandonné par vous et vous le dit indirectement en vous rejetant. Dites-lui que vous l’aimez et qu’il n’a pas besoin de vous aimer en retour. Qu’il a le droit d’avoir de la colère contre vous et ce bébé, et que c’est normal, que vous comprenez. Que quand on a été seul avec maman c’est très injuste et difficile de voir arriver ce bébé. Que ce bébé demande beaucoup d’attention mais que lui il est grand, il va pouvoir vous aider. Impliquez-le, valorisez-le, faites des choses rien qu’avec lui. Ne lui faites surtout aucun reproche. Et pour finir je dirais que la relation avec un enfant doit être fusionnelle la première année de son existence. Ensuite, le papa, doit y mettre un terme et la maman doit redevenir une femme qui vit sa vie de femme avec ses centres d’intérêts. Il n’est jamais bon et sain qu’un enfant soit le centre de la vie de ses parents. Tenez-moi informée SVP.

  2. J’ai une petite fille de trois ans et demi depuis septembre elle est ingérable selon moi elle répond, utilise un vocabulaire de grand et des gros mots. Je suis très à cheval sur la politesse et je ne supporte plus son comportement. Effectivement je l’ai fait participer à l’ensemble de ma grossesse, j’ai acheté des livres elle a choisi le doudou. Quand je lui demande quelque chose on est systématiquement dans le non, jamais pour les repas, les sorties… j’essaye de discuter, expliquer, passer du temps avec elle, lui faire plaisir avec un manège etc… rien y fait. Je ne suis pas patiente de nature et là je perd mes moyens. La chambre, le coin et même la fesse de marché pas. Je sens une cassure en moi ou je ne veux plus m’en occuper pour ne plus avoir de conflit et ne faire que la gronder. Je laisse ce rôle à mon mari. Je lui dit tous les jours que je l’aime mais là elle me pousse à bou. Je préfère rester en retrait pour le moment et m’occuper de mon fils. Je sais que ce n’est pas bien mais je ne sais plus quoi faire.

    1. Madame,
      Je comprends votre inquiétude et votre impuissance. Je ne vous connais pas, je vais donc dresser une petite liste qui j’espère vous aidera.
      1) Vers 3 ans, il est normal que votre enfant s’oppose par le non systématique et par un comportement pouvant aller de la simple opposition à de la violence. Votre fillette se détache de vous et devient un être humain distinct de vous. C’est en quelque sorte une « crise d’adolescence ».
      2) Lorsque votre enfant s’oppose il faut que la loi du père soit appliquée. C’est généralement le papa qui la fait respecter. La loi du père permettra à votre fillette de s’appuyer sur elle et de grandir en sécurité. Concrètement, si elle vous provoque, tape, elle doit être punie. Privée de quelque chose qu’elle aime.
      3) La loi doit toujours être la même et doit être juste.
      4) Si votre mari applique la loi avec justice, il faut le soutenir.
      Dans tous les cas vous devez faire bloc avec lui. Votre petite profitera du moindre laisser aller pour vous causer à nouveau des misères.
      Ce sont les règles de base.
      Je vous souhaite de trouver la bonne solution.
      Si vous êtes débordée, n’hésitez pas à consulter. Souvent une séance suffit.
      Tenez-moi informée SVP.

  3. J’ai un petit garçon (4è enfant) qui vit très mal l’arrivée d’une grossesse. Il est le petit dernier de mes 4 enfants. Il a déjà éprouvé une forte angoisse de séparation vers l’âge de 2 ans lorsque nous l’avons laissé avec ses aînés chez ses grands parents. A l’époque cela s’était traduit pas des réveils nocturnes incessants qui se sont calmés peu à peu. Mais depuis le début de cette grossesse, il me réveille chaque nuit à tel point que nous avons récemment décidé de le faire dormir dans notre chambre tant nous étions épuisés. Mais il fait aussi des caprices sans cesse et se comporte comme un tyran, nous maltraitant physiquement (il peut également être violent avec ses frères et sœurs). Chaque matin, le préparer pour l’école et y aller est un supplice pour mon mari et moi aussi. LE soir, il est très souvent pénible pour tout le monde: il veut toujours plus, si nous cédons, il veut davantage, c’est sans fin que ce soit sur les jeux, la lecture, la nourriture, le bain etc… Quand il va chez ses autres grands-parents, cela se passe toujours très bien (comme à l’école d’ailleurs) mais il nous le fait payer cher ensuite en faisant caprices, colère, crise de jalousie, angoisse nocturne et difficulté chaque soir pour aller se coucher…J’avoue être inquiète pour la naissance de notre bébé, j’ai peur d’être trop épuisée pour pouvoir gérer ses émotions et caprices… J’essaye de le rassurer, de l’écouter, de passer du temps avec lui, mais ca revient en boucle malgré le fait d’avoir déjà consulté une fois. C’est usant. Mes autres enfants aussi s’en rendent bien compte. Mais j’avoue que je craque à certains moments.

    1. Bonjour Mademoiselle,

      Vous trouverez sur mon site un article expliquant la différence entre psychanalyste, psychologue et psychothérapeute. Je vous invite à le consulter.
      Vous m’expliquez vos efforts pour aller mieux. C’est très bien !
      Cependant, seul un travail en profondeur permet d’aller réellement mieux. Ce travail suppose un tiers qui vous guide. Vous ne pouvez pas apprendre à conduire une voiture dans un manuel. C’est exactement pareil pour un travail sur soi.

      Bien cordialement.

  4. Bonjour

    J’ai annoncé ma grossesse à mon ainée de 11ans .

    Elle l a très mal pris , elle ne veut plus me parler .

    J’ai essayé de parler avec elle , elle me répond que tout tournera autour du bébé , que plus personne sera là pour elle .

    Elle a des mots très durs et je craque.

    Pouvez vous me donner des conseils pour cet âge là ?

    Par avance merci.

    1. Bonjour Madame,

      Je vais vous répondre en cinq points.

      Votre fille à 11ans. C’est l’entrée dans l’adolescence. Elle va s’opposer à vous violemment pour tester votre amour et ainsi pouvoir couper le cordon et vivre sa vie de femme. C’est normal et c’est un passage obligé. Un adolescent qui ne s’oppose pas à ses parents ne va pas bien.

      Elle a vécu en enfant unique avec vous jusqu’à maintenant et c’est donc un choc pour elle que de savoir que vous allez avoir un autre enfant. Elle perd sa place d’Unique.
      Ajouté à l’entrée dans l’adolescence, cela fait beaucoup de choses à gérer.

      Alors que faire ?
      Elle a besoin que vous soyez bien stable et forte.
      Dites-lui que vous l’aimez et que cet enfant ne changera rien à vos sentiments pour elle.
      Que votre vie c’est vous qui la vivez comme vous l’entendez et qu’elle n’a rien à y redire. Quand elle sera adulte, elle vivra sa vie comme elle le voudra et ne voudra pas que vous interfériez.

      Concrètement :
      Il faut qu’il y ait des sanctions justes et systématiques dès qu’elle déborde. Le moindre écart doit être sanctionné. C’est ce que j’appelle l’application de la Loi. Elle a besoin pour pouvoir s’émanciper de vous, de s’opposer à vous afin de tester votre solidité. La sanction sera la colonne vertébrale sur laquelle elle pourra s’appuyer pour grandir.

      Pour finir, il est très important que son père vous soutienne et que vous fassiez bloc dans les décisions. La divergence entre les parents est une faille qui ne va pas fournir un appui solide.

      J’espère vous avoir aidé.
      Tenez-moi informée s’il vous plaît.

  5. Bonjour
    Ma fille a trois et demi et depuis quelque temps repond hurle dit non a tout, se fou de tout. Cela me fait beaucoup de peine, la punition au coin ne marche plus, rendre les jouets au pere noel non plus.
    Pourtant elle adore son petit frere, on l’a fait beaucoup participe on accorde beaucoup de temps avec elle seule.on ne sait plus quoi faire…

    1. Bonjour Madame,

      Votre fille est dans l’âge de l’opposition à ses parents.
      On parle de la première crise d’adolescence. Cette période sera (en moins pénible), celle qu’elle vous fera vivre à l’adolescence…
      C’est normal. Elle s’oppose à vous pour pouvoir exister en tant qu’individu différent de ses parents.
      C’est le passage obligé pour grandir.

      Votre attitude est primordiale. Elle a besoin que vous lui posiez des limites claires et justes.
      A chaque dérapage de sa part, il faut une sanction. C’est cette sanction qui va lui permettre de grandir en sécurité. Si elle tape, être privée de télé, par exemple, va lui permettre d’intégrer ce qui est permis et ce qui est interdit.
      Votre mari et vous devez être en accord. La moindre divergence la concernant ferait naître une faille l’empêchant de s’appuyer sur vous. Son agressivité étant en réalité une insécurité du fait d’une absence de loi.
      Tenez-moi informée s’il vous plaît.

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