Valérie Sengler psychanalyste à Paris et Saint-Mandé

Thérapies brèves. Psy spécialiste des pathologies lourdes, enfant, adolescent, adulte

Archive de l’étiquette enfant

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Réponses psy aux questions sur le déni de grossesse

Le déni de grossesse est le fait pour une femme d’être enceinte en n’en ayant pas conscience pendant un temps relativement long pouvant aller de 5 mois de grossesse à la date de l’accouchement.

Cet article aborde les questions les plus frappantes qui m’ont été posées par les participantes à la conférence que j’ai tenue à Argenteuil le 6 octobre 2017, à l’association Cause biberon qui traite de thèmes tournant autour de la parentalité et de la petite enfance.

Toutes les femmes ne font pas un déni de grossesse

Clairement non, toutes les femmes ne peuvent pas faire l’objet d’un déni. Le déni est le résultat d’une faille dans la vie des femmes qui en ont fait l’objet. Ces failles ne vont pas permettre à la jeune femme de se sentir femme dans sa tête et par conséquent, elle ne va pas pouvoir s’autoriser le droit de devenir mère.

Des causes multiples peuvent être à l’origine de ces failles. Souvent, elles ne sont même pas conscientisées par ces jeunes femmes qui vont dire que tout va bien dans leur vie.

L’origine peut provenir d’une enfance avec de la maltraitance, par exemple un inceste ayant eu lieu très tôt dans l’enfance et ayant été oublié par le mécanisme du refoulement. La cause peut aussi relever d’un climat incestuel lourd ou encore de la violence larvée d’autant plus traumatisante que non conscientisée par la victime. Une de mes patientes victime d’un déni se faisait depuis toujours insulter, battre par ses parents, elle n’avait le droit de ne rien faire et tout ce qu’elle faisait, était de toute façon « mal ».

Déni : la Femme n’existe pas chez ces jeunes femmes

Dans le cas cité précédemment, les parents la traitaient comme une petite fille alors même qu’elle avait 19 ans. La sexualité était décrite comme sale. Cette jeune femme n’a pas eu l’autorisation de devenir une femme, elle se devait pour répondre aux exigences de ses parents, de rester une petite fille. Il était frappant de l’entendre parler car elle parlait d’une voix de petite fille et utilisait un vocabulaire de petite fille.

Ces jeunes femmes n’ont pas eu la possibilité de faire naître en elles la femme qu’elles sont. Une femme victime d’un déni de 5 mois disait ne pas être contente d’être une femme. Elle aurait toujours voulu être un homme. Elle se rase régulièrement les cheveux et porte un foulard sur son crâne chauve. Les cheveux sont un symbole sexuel et sont un signe de la féminité. Elle n’a pas pu allaiter son enfant. Ici encore, la femme n’a pas la possibilité d’exister. Le livre du docteur Danièle Flaumenbaum, Femme désirée, femme désirante, 2006, édition Payot aborde longuement ces réalités.

Risque de décompensation à la découverte de la grossesse

Elles ne peuvent pas conscientiser leur grossesse sous peine de décompenser, c’est-à-dire de se mettre en danger, à l’annonce de leur grossesse. Une autre de mes patientes m’a racontée qu’après avoir appris par son gynécologue lors d’un banal examen gynécologique, sa grossesse de 5 mois, qu’elle était sortie en état de choc et s’était demandée pendant plusieurs minutes comment elle allait pouvoir mettre fin à ses jours. Se poignarder ou se jeter sous le métro. Finalement, sa pulsion de vie a été plus forte et elle a réussi à rentrer chez elle.

L’origine peut également être transgénérationnelle, comme l’a montré Bruno Clavier, Les fantômes familiaux, 2013, édition Payot.

Il peut arriver que l’enfance se soit passée sans encombres mais qu’il y ait tout de même un déni.

Il faudra alors chercher dans l’arbre généalogique les femmes qui auraient également fait un déni au même âge. Il s’agira de faire une enquête dans la famille afin de trouver le traumatisme dans les lignées paternelle et maternelle pour faire cesser le phénomène de répétition. Il sera courant, de retrouver une grand-mère ou une arrière- grand-mère, une tante ou une grande tante qui auront fait un déni au même âge. Et ce n’est pas toujours chose aisée car une patiente me disait qu’elle se heurtait à une véritable omerta familiale face aux questions qu’elle posait afin d’élucider son déni de 5 mois.

L’enfant issu du déni souffre aussi

Je terminerais par l’enfant qui est issu du déni. Il semble, bien qu’il y ait là encore une absence de statistiques, que l’enfant est souvent un enfant qui ne va pas bien. Être pendant 5 voire 9 mois dans un ventre où il n’y a pas d’interaction avec la femme qui le porte est source d’une profonde souffrance in utero.

Une maman victime d’un déni de 5 mois me racontait que son bébé une fois né n’a cessé de pleurer des semaines entières. Elle n’arrivait pas à le calmer. Il n’a pas voulu téter, comme si le lien avec sa mère n’était pas fait. Il ne veut pas de son lait, il ne veut pas être nourri par elle.

Cet enfant a eu des troubles du comportement, des problèmes auditifs. Cela vient corroborer les observations que j’ai faites dans mon mémoire sur le déni. L’absence d’interaction lors de la grossesse affecte l’audition, cet enfant n’entendait pas d’une oreille et a dû être opéré. Dans mon mémoire, l’enfant a des bouchons tellement énormes qu’il doit tous les 3 mois se faire faire un nettoyage chez son médecin ORL. Ces enfants s’enferment dans une bulle, ou sont enfermés dans une bulle pendant la durée du déni. Bulle qu’ils recherchent en n’ayant pas inconsciemment envie d’entendre.

En conclusion, il me semble que le déni gagne à être plus sujet à étude car, aussi bien les femmes que les enfants qui en sont issus, sont placés dans une situation de déni de leurs souffrances respectives. Écouter, expliquer pour réparer afin de pouvoir passer à autre chose me semble la meilleure solution.

***

A lire sur le site : Le déni de grossesse

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Harcèlement de l’enfant

Votre enfant a changé. De gai, il est devenu taciturne. Il n’a plus envie d’aller à l’école. Il dort mal… Après la surprise survient le questionnement et l’inquiétude. Que vit mon enfant ? Comment puis-je l’aider ?

Comment repérer le harcèlement ?

Deux chiffres qui parlent d’eux-mêmes : 1 enfant sur 10 souffre de harcèlement et 50% des enfants n’en parlent pas (source UNICEF 2014).

Les indices d’un possible harcèlement

Le harcèlement peut se repérer à deux niveaux : l’attitude de l’enfant et l’état de ses affaires.

En effet, l’attitude de votre enfant a changé. Il est irritable, se renferme sur lui, est nerveux, fatigué, il mange beaucoup ou moins, n’a plus d’entrain, fait des cauchemars, se néglige, se fait mal, ne veut pas aller à l’école, ne veut plus manger à la cantine et veut arriver à l’heure exacte des cours et jamais en avance.

En ce qui concerne ses affaires, de façon répétée son matériel scolaire est abîmé, ses vêtements peuvent être déchirés ou « disparaissent », les lunettes peuvent être cassées… Ce caractère répétitif doit être un signal d’alerte.

Harcèlement de l’enfant : à ne pas dire, à ne pas faire

La question à ne surtout pas poser est celle qui consiste à demander : «  es-tu victime de harcèlement ? » Elle est trop frontale et va susciter de la peur chez votre enfant. De fait, il répondra quasiment toujours par la négative. Pourquoi cette peur ? Peur d’être dépassé par votre réaction, par ce que vous allez faire. Il ne voit pas comment il va pouvoir continuer à gérer son quotidien à l’école après un éventuel esclandre de votre part.

Comment dire et faire dire le harcèlement ?

Il faut amener le sujet indirectement : « Je sais qu’il y a parfois des problèmes… est-ce que c’est ce qui t’arrive ? Je ne sais pas ce qui se passe à l’école pour toi, mais si j’avais été dans ce cas lors de ma scolarité, j’aurais aimé pouvoir en parler à mes parents. »

Il faut lui promettre de ne rien faire sans son accord. Cette promesse va le rassurer et lui permettre de s’ouvrir à vous en toute confiance. Il sera également décideur dans ce qui sera mis en œuvre et aura ainsi à nouveau un certain contrôle sur ce qui lui échappait auparavant. Il ne subit plus et c’est déjà un grand pas pour lui.

Quelles actions mener contre le harcèlement de l’enfant ?

La procédure officielle

En tant que parent, vous pouvez rencontrer le chef d’établissement et/ou le médecin scolaire ou l’infirmière scolaire pour leur faire part de ce que votre enfant vit. Vous pouvez également porter plainte. Ce sont là les procédures officielles. Pour ma part, je pencherai pour une autre approche…

La psychanalyse pour lutter contre le harcèlement

Pourquoi un travail psychanalytique plutôt que les procédures officielles ? Il me semble que les cours de récréation sont des microcosmes de notre société régis par des codes et que les conflits entre élèves doivent se régler entre élèves. Il ne faut pas se voiler la face en se disant que l’intervention des parents auprès de la hiérarchie va arranger les choses. Souvent, l’intervention va au contraire aggraver le vécu de l’enfant qui sera catalogué de « vraiment trop nul, tes parents sont obligés d’intervenir à ta place ». Ce message sera très humiliant pour votre enfant et va le conforter dans sa position de bouc émissaire. L’agresseur quant à lui, deviendra la star de la cour de récréation car il aura réussi à mobiliser les adultes par sa méchanceté et il va gagner en popularité auprès de ses pairs. L’intervention des adultes fragilise malheureusement le jeune.

Ensuite, intervenir à la place de votre enfant, c’est lui dire indirectement qu’il n’est pas capable de se défendre tout seul et cela va donc le fragiliser encore davantage. Cette attitude va de plus risquer de favoriser le phénomène de répétition en vertu duquel il est hautement probable que plus tard, dans sa vie professionnelle ou privée, voire les deux, il soit à nouveau en prise avec des harceleurs n’ayant pas réglé ce problème à sa source, c’est-à-dire à l’école.

Harcèlement de l’enfant : la solution proposée par la psychanalyste

Dans un premier temps, je vais demander à la victime de me décrire le harceleur. Nous allons ensemble faire un travail de décorticage : que dit-il ? Comment le dit-il ? Qu’est ce qui revient le plus souvent ? Comment est-il physiquement ? Cette phase d’analyse permet à la victime de dédramatiser en remettant le harceleur à sa juste position, par exemple un garçon qui n’est pas sûr de lui et qui, par son harcèlement, acquiert de l’assurance en devenant le leader d’un groupe.

Ensuite, chercher ensemble le talon d’Achille du harceleur, car derrière chaque harceleur se cache une personne souffrante qui masque sa souffrance au moyen de la violence qu’elle fait subir à l’autre. Par ce travail, la victime reprend confiance en elle et sort de l’emprise du harceleur en le voyant comme un être peu sûr de lui et non comme un caïd.

Enfin, la victime va apprendre à riposter sur mesure. Nous ferons ensemble des mises en situation où la victime va apprendre à retourner la flèche de l’agresseur vers ce dernier au lieu de la prendre en plein cœur. On va ainsi modifier la relation et réduire le potentiel agressif du harceleur. Concrètement, nous allons par exemple décortiquer l’insulte qui revient le plus souvent : « tu es énorme, on dirait un éléphant » et nous allons trouver une riposte sur mesure comme « je suis peut-être énorme, mais je peux maigrir ; par contre, toi, tu ne pourras jamais grossir du cerveau ».

En résumé ce travail psy qui va permettre à la victime d’être acteur dans sa démarche de protection d’elle-même. Il me semble primordial que cette attitude puisse émerger le plus rapidement possible car ainsi le phénomène de répétition sera stoppé et n’apparaîtra plus dans sa vie future et si cependant cela devait se reproduire, l’agression serait de fait moins violente et surtout la victime serait en capacité cette fois-ci de riposter efficacement.

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

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Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Approches psychanalytiques de l’anorexie

« J’ai 18 ans, il y a deux ans je suis allée faire un séjour prolongé à l’étranger. J’ai décidé de perdre quelques kilos, car je me trouvais trop ronde. Très vite quelque chose a dérapé et je me suis retrouvée dans l’impossibilité de manger, j’ai perdu 10 kilos en quelques semaines, je ne contrôlais plus rien. »

Je vais expliquer dans un premier temps ce qu’est l’anorexie, avant de décrire les causes psy de cette maladie pour enfin donner des pistes pour s’en sortir.

Qu’est-ce que l’anorexie ?

L’anorexie est une maladie qui touche dans la plupart des cas les femmes. Souvent ce sont des jeunes femmes entre 15 et 25 ans. Au départ, elles décident de faire un régime afin de perdre du poids et elles ont faim. Elles vont donc lutter contre la prise d’aliments car l’appétit est encore là. Ensuite, la faim va disparaître et elles vont se trouver dans l’impossibilité de manger avec pour conséquence une perte de poids très rapide et une perte de contrôle sur ce qui leur arrive. C’est une maladie sévère où environ 15% des malades décèdent.

La personne anorexique va contrôler son assiette de façon drastique. Elle ne se trouve jamais assez mince. Elle va trier les aliments, éliminer les viandes, les féculents; elle va privilégier les fruits notamment les pommes et les laitages. Parfois elle prépare le repas, mais ne mange presque rien. Elle consomme une grande quantité de liquide, jusqu’à 3 litres par jour. Elle bouge beaucoup, afin d’éliminer « les kilos en trop », elle peut également faire usage de laxatifs et de diurétiques.

Quelles sont les causes psy de l’anorexie ?

Ces jeunes femmes sont dans une période soit de changement profond de leur corps ou alors elles n’ont pas accepté ou intégré le changement de leur corps et l’apparition des règles à l’adolescence. Elles ont leurs règles et leur corps se transforme de corps d’enfant en corps de femme avec comme corolaire la sexualité, la séduction et le désir. Ce chamboulement physique ajouté à un chamboulement hormonal va être la goutte d’eau qui va provoquer chez les jeunes femmes les plus fragilisées le basculement ou le basculement avec un effet retard lorsqu’elles sont plus âgées vers l’anorexie.

Les causes psy sont multiples….

Perte de contrôle du corps et plus largement perte du contrôle et de la maîtrise de leur vie

Parce qu’elles ont le sentiment de perdre le contrôle de leur corps en raison de ces modifications, elles vont essayer d’en reprendre le contrôle par une maîtrise hors norme de leur alimentation. Car contrôler leur image, leur corps et leur vie, c’est ce qui anime ces jeunes femmes.

Manque  de confiance en elles et sentiment de vide intérieur

Ces jeunes femmes souffrent souvent d’un manque de confiance en elles et d’un manque de confiance en l’Autre. Elles ne se sentent pas belles, elles sont mal dans leur corps, elles n’ont souvent pas de vision à moyen ou à long terme de ce que pourrait être leur vie, elles ont un sentiment d’impuissance face à leur vie, à l’amour, à l’avenir et à leur guérison de l’anorexie, elles ont la sensation d’un grand vide intérieur. Tout ce mal être va se stigmatiser sur le poids car elles se trouvent trop grosses et vont donc entamer un régime. En se focalisant sur leur corps, elles réussissent à mettre en veille inconsciemment toutes les autre souffrances et donc en quelque sorte de vivre mieux.

Sensation de souillure

L’objectif de ces jeunes femmes est de se purifier, d’éliminer, de se nettoyer. Il semble qu’elles ont une image souvent très négative de leur corps. Ce corps qui demande de la nourriture, qui digère, qui sue, a quelque chose d’animal. Elles sont dans une quête illusoire de pureté que ce processus vers une « désincorporation » progressive, en réalité la mort, vise à mettre en œuvre.

Rejet de la Femme en elles

Par cette perte de poids considérable, elles vont à nouveau avoir un « corps d’enfant ». Elles n’ont plus de seins, plus de formes, et surtout elles n’ont plus leurs règles. Elles échappent ainsi à ce statut de femme qui de toute évidence est ressentie comme une source considérable de danger et d’inconfort. On peut se demander quelle a été l’image de la Femme avec son corps, ses formes, l’expression de sa féminité qui  a été véhiculée inconsciemment dans l’entourage de ces jeunes femmes pour que le rejet soit à ce point violent.

Rejet de la sexualité

La relation à l’Autre n’existe plus dans l’anorexie. Il y a un complet retour sur elles-mêmes. Elles sont exclusivement centrées sur leur corps, la nourriture, la perte de poids. Elles ne se voient pas telles qu’elles sont en réalité, souvent squelettiques et toujours encore à leur yeux, trop grosses ! Elles n’ont pas la capacité de s’ouvrir à l’Autre, elles ne sont tout simplement pas en capacité d’investir une autre personne qu’elles-mêmes car trop en souffrance.

Rejet de la mère ?

Pendant longtemps et à l’heure actuelle encore souvent, il a été communément admis que l’anorexie est une maladie du lien : lien avec la mère. C’est la raison pour laquelle les jeunes filles hospitalisées sont généralement complétement coupées de leur famille. On considère donc que c’est la famille et la mère qui sont la cause de cette maladie. Pour ma part, je serais moins radicale, car jeter l’anathème sur la famille et surtout sur la mère, alors qu’il y déjà une telle souffrance face à la maladie de leur enfant et une telle impuissance, que ce jugement lapidaire ne fait que culpabiliser des personnes en état de faiblesse et ne résout au final rien du tout. Maintenant, je n’exclue pas cette possibilité mais je pense que c’est un aspect secondaire parmi une multitude d’autres causes.

Comment faire face à l’anorexie ?

Accepter de rompre avec la maladie

La personne anorexique est dans une relation de dépendance avec sa maladie. C’est un processus analogue au cas de la dépendance à l’alcool ou aux médicaments. Rompre avec elle signifie qu’il va y avoir une forte déstabilisation. Rejeter l’anorexie, c’est avoir la force de regarder en face ses angoisses et ses peurs. Car l’anorexie a permis à la jeune femme, en se focalisant sur son poids de mettre en veille ses intolérables souffrances et peurs et ainsi de pouvoir continuer à vivre. Il faut que ce processus de retour à une vie normale se fasse en finesse par une prise en charge psychanalytique afin de mettre à jour ses peurs et souffrances, où des mots seront mis sur celles-ci. A mon sens, le rapport à la nourriture ne devra être travaillé que bien plus tard quand toutes les causes psy inconscientes auront fait surface et auront été nettoyées.

Revenir sur le vécu…

Les causes de la maladie étant multiples, il conviendra de revenir sur le vécu et l’histoire familiale. Avant ce travail de fond, il me semble impensable de toucher au rapport à la nourriture car cela risque d’être contreproductif par une trop grande déstabilisation et pousser la personne anorexique à être encore plus extrême. Enfin, pour clore, j’estime que la guérison débutera et pourra se consolider grâce au lien qui se sera créé entre la personne souffrante et son thérapeute. C’est la confiance indéfectible du thérapeute dans le potentiel de guérison de son analysante qui va être selon moi, la pierre angulaire de sa guérison. Cette confiance qu’il déposera en elle, va lui permettre de reconquérir sa confiance en elle, de vivre une nouvelle maîtrise de sa vie, car il va la laisser libre de manger ou non, et de devenir une femme confiante en elle et en son avenir.

Lire notre article sur la thérapie de la boulimie par la psychanalyse.

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Mon petit frère de 10 ans dort dans le lit de mes parents…

« Mon petit frère de 10 ans dort dans le lit de mes parents et mon père dort dans celui de mon petit frère. Mon petit frère a peur de dormir seul dans sa chambre, c’est pour cela que maman accepte qu’il dorme avec elle. Cela fait maintenant plusieurs mois. » Qu’en pensez- vous ?

Cette situation fait naître plusieurs points que je vais développer successivement.

Où se trouvent le mari et le père ?

Un enfant aime  inconditionnellement  sa mère. Il se séparera d’elle en étant aidé par son père qui se positionne clairement en tant que mari de sa mère. L’enfant qui dort avec sa mère, chaque nuit, aura la confirmation qu’il a le droit d’empiéter sur le domaine réservé à son père. Comment va-t-il pouvoir se construire en tant qu’homme face à ce père défaillant, inexistant ?

Où est le couple ?

Comment préserver l’intimité des parents quand l’enfant squatte le lit conjugal ? L’intimité du couple est bafouée. Peut- être que votre mère amène son fils à combler un besoin de proximité qu’elle ne retrouve plus avec son conjoint. Elle doit se demander si son rôle de mère vient remplacer la relation avec son conjoint. Dans ce cas, il y a un problème.

L’enfant se trouve à la place potentielle d’un partenaire sexuel

L’enfant qui dort avec sa mère n’est pas à sa place et joue inconsciemment le rôle de partenaire potentiel. Même sans passage à l’acte, il est emprisonné dans une relation incestuelle. Cette confusion des identités peut avoir des effets délétères sur son développement et sa sexualité future. L’interdit de l’inceste incite l’enfant à se tourner vers d’autres objets d’amour et à grandir. Le lit conjugal est un lieu riche en symboles. La proximité que sa mère lui impose avec son corps, sa respiration, ses odeurs, peuvent lui procurer des sensations érogènes, source de culpabilité pour lui. La sexualité infantile se découvre seul, par des caresses et pas au contact d’un adulte.

L’enfant est victime d’un inceste virtuel

L’inconscient de l’enfant subit une agression par ce passage à l’acte qui est de devoir dormir avec sa mère. Chez ces enfants victimes, restera à l’âge adulte des troubles psychiques et sexuels. On parle d’inceste psychique symbolique, sans passage à l’acte mais avec des conséquences aussi gravissimes que si le passage à l’acte avait eu lieu. Ce sont des incestes non consommés, mais aux conséquences aussi graves que ceux commis physiquement.

L’enfant ne peut pas grandir

L’impossibilité de quitter le cocon familial à l’âge adulte n’est jamais affaire de constitution mais affaire d’éducation. L’enfant doit pouvoir grandir et se séparer. Après la naissance, l’enfant enchaîne les séparations, le sevrage, la marche… Il s’éloigne à chaque fois un peu plus de ses parents pour se construire comme un être à part entier. Pour quitter à l’âge adulte le cocon familial, l’enfant a besoin de ses parents qui lui font confiance et lui ont appris à affronter peu à peu les difficultés. Il s’agit de partir sans angoisse, il ne s’agit ici que de quitter son enfance. Pour naître à la vie d’homme. Or ici, l’enfant ne possède pas la forme d’autonomie qui est celle de dormir seul. Ses parents lui confirment qu’il a raison d’avoir peur, qu’il est dangereux de dormir seul dans sa chambre et au final que la vie est pleine de dangers. Cette pratique exacerbe l’angoisse de l’enfant. Ce que l’enfant désire c’est qu’on le rassure, qu’il sente qu’on l’accompagne et qu’on est là pour lui.  Mais cela ne veut pas dire lui ouvrir son lit. Le rôle du parent est de l’amener vers l’autonomie, vers l’extérieur, et les autres, non pas de l’amener vers soi. A 10 ans, la période œdipienne est terminée et ce garçon est entré dans une phase de latence, phase de repos et de consolidation des positions acquises. Les instincts sexuels sommeillent et le comportement peut être dominé par la pudeur et le dégout. L’enfant se tourne vers des domaines comme le sport, les amis. Cette phase de maturation demande à être respectée afin que puisse naître le futur homme. Or, dormir avec sa mère signifie ne pas respecter cette phase et en conséquent ne pas permettre à ce fils de devenir un homme à part entière. Votre mère a du mal à accepter que son fils puisse s’éloigner d’elle. Par cette situation, elle pousse son fils à retourner en arrière c’est-à-dire d’où l’on vient, or l’on vient toujours du ventre maternel. Le rôle du père est de barrer l’accès à ce retour mortifère et d’amener son fils vers la vie.

Comment faire cesser cela ? L’apport de la psychanalyse

Il faudrait avant tout que cette mère se fasse aider afin de pouvoir regarder sa propre histoire en face et ainsi se rendre compte de l’abus qu’elle fait subir à son enfant. Cette femme ne peut pas et ne veut pas voir quoi ?  Que lui a-t-on fait subir petite pour qu’elle reproduise sur son fils cet abus ?

Il y a des techniques qui existent pour permettre à l’enfant de reconquérir sa liberté.

On peut lui proposer de s’assoir à côté de lui lors de l’endormissement et on sort de la chambre après.

On peut placer une chaise à côté du lit et chaque soir on éloigne un peu plus la chaise du lit pour se diriger vers la porte.

On peut également mettre un  matelas à côté du lit, où on dort et faire glisser chaque jour progressivement le matelas vers la porte.

Il s’agit aussi et surtout de rassurer cet enfant en lui disant que la vie n’est pas pleine de dangers et que c’est merveilleux de grandir pour partir et vivre sa vie d’homme, libre.

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Approches psychanalytiques de la boulimie

« J’ai des crises de boulimie qui se répètent tous les jours et parfois plusieurs fois par jour. Je pense toujours à manger, à me gaver. Comme je ne veux pas prendre de poids, je prends la direction des toilettes pour me faire vomir. A  chaque fois, je me dis que j’arrête, que je redeviens normale. Mais ça ne fonctionne pas. Que puis-je faire ? »

La boulimie est un trouble du comportement alimentaire

Elle se caractérise par une pulsion incontrôlable de manger ou plus précisément de se remplir de nourriture sans nécessairement ressentir la faim. Ces crises sont le symptôme d’une souffrance dont l’apaisement passe par l’ingestion de nourriture. La boulimie  est  un réflexe de survie en réponse à une angoisse profonde. C’est le moyen qui vous permet de supporter cette immense souffrance.

Souvent, les boulimiques ont réussi dans la vie sociale et l’image de leur corps est primordiale. Elles ont peur de déplaire notamment en prenant du poids. En réalité, l’image corporelle et l’estime de soi sont souvent déficientes. En outre, il y a une forte culpabilité qui se manifeste lors des crises, on peut se ressentir comme étant anormale. Ici, rentre en compte un jugement de valeur sur vous qui vient renforcer votre souffrance. Vous êtes deux fois coupable, de vous faire vomir et vous faîtes, selon vous, quelque chose de pas normale.

Le travail psychanalytique pour soigner l’hyperphagie, la boulimie

Les crises de boulimie sont liées à un besoin de remplir un vide, un manque intérieur qui nous fait souffrir, en ingérant de la nourriture. Elles sont un signe de détresse, comblant un gouffre de peine, de chagrin ou de frustration. C’est le seul moyen que trouvent ces personnes et vous, pour dire à leur entourage de façon forte : «  j’existe ». Elles sont un démenti à l’impression d’inexistence, de peu de présence ressentie par les boulimiques.

Vous allez par le biais d’un travail thérapeutique remonter à l’origine de votre souffrance. Soulever les voiles de celle-ci, la regarder, la comprendre, mettre des mots sur elle afin d’arriver à un apaisement. Il ne s’agira pas de lutter contre la boulimie, mais dans un premier temps d’accepter cet état de fait pour arriver à un apaisement et dans le même temps réparer par un travail adapté à votre personnalité. Cela peut être un travail de face à face,  du divan, du dessin… C’est par la compréhension de ce grand vide et de votre souffrance que viendra un soulagement et à plus ou moins long terme la disparition des crises.

Lire notre article sur la thérapie de l’anorexie par la psychanalyse.

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Victime d’un manipulateur pervers narcissique en famille ?

« Depuis trois ans, je vis avec un homme qui, quand je l’ai rencontré, avait tout pour plaire: il avait un côté rassurant, il avait du charisme, il gagnait bien sa vie.

Très vite, sans même que je ne m’en rende compte, il a commencé à être dévalorisant et culpabilisant. Dès que j’essaye de parler avec lui de ce problème, dans l’espoir d’avoir une relation de couple saine, il me dit que c’était moi qui prend tout mal, que l’on ne peut rien me dire, que je suis excessive et susceptible. Toutes ses phrases commencent par : « mais c’est toi qui… ». Je ne peux pas avoir une discussion constructive avec lui. C’est tout simplement impossible, il est incapable de se remettre en question. Quand je n’en peux plus et que je finis par partir, il me le reproche. Il a levé la main sur moi plus d’une fois. Je me dis que je l’ai poussé à bout, que c’est moi qui l’entraine à se conduire de la sorte. Parce que j’agis forcément d’une façon qui ne lui convient pas. Il faut que je rentre dans son cadre, que je sois comme il veut que je sois. « Tu es trop ceci, tu es trop cela ». Tantôt il me culpabilise, tantôt il me fait des éloges. Notre vie n’est que disputes et pleurs. Que puis-je faire pour sortir de cette impasse ? »

Culpabilisation et destruction de l’autre

Charmeur, séduisant, intelligent… Au premier abord, un pervers narcissique présente de nombreuses qualités et c’est bien là le danger ! Il nous protège, nous comprend. C’est le prince charmant. Le premier moment d’enchantement passé, il va immanquablement révéler sa vraie nature : intrusif, manipulateur, parfois violent, mais aussi doucereux presque hypnotique. Alternant agression et douceur, démonstration de force et (fausse) soumission, le pervers narcissique réduit l’autre à l’état d’objet. Grâce à son emprise, le manipulateur grignote le cerveau de l’autre jusqu’à le faire douter de lui-même. Il le détruit à petit feu, le coupe de son entourage.

Il culpabilise, dévalorise l’autre, sème la zizanie, change ses opinions et ses comportements en fonction des situations, ne tient pas compte des besoins des autres, il est tout simplement incapable d’empathie. Il n’a aucun problème, va très bien et considère que tous les problèmes viennent de l’autre. D’où une incapacité totale à se remettre en cause. L’autre perd de plus en plus pied, cherche à s’améliorer, à lui plaire, ne comprend plus rien et sombre souvent dans la dépression, la dévalorisation de lui-même pouvant aller jusqu’à la tentative de suicide.

L’approche du psychanalyste

Le travail thérapeutique va consister à chercher dans l’histoire de la victime, les failles qui font qu’elle donne prise à ce type de personnes, à ensuite décortiquer les mécanismes de manipulation ne serait-ce que pour les identifier et éviter qu’ils ne se reproduisent. Mais, au final, et sans doute avant tout, à sortir de cette relation d’interdépendance en comprenant le pourquoi de cette attirance. Il importe ensuite d’apprendre à renoncer à l’attente, si valorisante, d’être aimé par cette personne et à faire le deuil d’une communication idéale avec celle-ci.

Toutes les victimes évoquent « un sentiment de malaise », mélange d’attirance et de répulsion devant ce type de personne. Toutes notent aussi qu’elles n’ont, le plus souvent, pas pu ou pas voulu entendre ces signaux d’alerte. Et lorsqu’elles en prennent conscience, il est déjà souvent trop tard. La thérapie va permettre, d’une part, à apprendre à entendre ces divers signaux, à les décrypter et, d’autre part,  de se remettre « après », de se reconstruire psychiquement et éviter d’y replonger. Car souvent, la solution la plus adéquate sera la fuite. Et un travail sur soi-même qui évitera de répéter cette situation, en d’autres termes de retomber sous le charme d’un autre manipulateur.

Lire les approches thérapeutiques et la psychanalyse d’une victime d’un manipulateur pervers narcissique au travail.