Valérie Sengler psychanalyste à Paris et Saint-Mandé

Thérapies brèves. Psy pour enfant, adolescent, adulte. Spécialiste des pervers narcissiques.

Archive mensuelle juillet 2018

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Pratiques sexuelles : quand les injonctions sociétales créent des souffrances chez la femme

Les pratiques sexuelles des femmes sont fortement contraintes par les injonctions sociales, les modes de représentation de l’Autre et les stéréotypes. A la clé : la souffrance…

Ce sont les vacances, il fait beau, il fait chaud et je suis stupéfaite de me retrouver face à une grande majorité de patientes qui subitement se mettent à me confier leurs problématiques « au lit ». Bref, elles me parlent de leur sexualité.

Je reste tout aussi pantoise par ce qu’elles me disent. Dans cet article, j’ai eu envie de démêler les injonctions auxquelles la société les soumet, de ce qui est la réalité vécue, et de comment les individus s’en accommodent.

Les individus consomment en exerçant leur libre arbitre, ils choisissent en achetant… Du moins le croient-ils ! Ils pensent pour la plupart d’entre eux être totalement libres et prendre telle ou telle décision en complète indépendance. L’arbre de la décision individuelle prise en totale liberté cache en réalité une forêt de stéréotypes conduisant en fait à des critères de choix préformés qui déforment la relation à l’Autre. Ces critères préformés conduisent à des comportements stéréotypés source de souffrances chez les individus.

Mes patientes ne savent souvent pas ce qu’elles veulent tant elles sont déconnectées d’elles-mêmes, tant elles sont surconnectées aux injonctions de la société. En résulte une souffrance provenant d’un comportement qui ne vient pas d’elles-mêmes mais qu’elles s’imposent… et qui pour elles est obligatoire car une femme aimante « fait toujours ça ». Elles se livrent à un comportement sexuel idéalisé qui en réalité n’est qu’un simulacre s’appuyant lui-même sur des stéréotypes.

Les injonctions provenant de la pornographie

La consommation de sexe est un marché en pleine expansion, le consommateur pense y cheminer par lui-même, en faisant ses propres choix. Mais il est consciemment ou inconsciemment conditionné par les valeurs de la société et la pornographie. Penchons-nous sur certaines pratiques sexuelles illustrant ces injonctions et stéréotypes comportementaux…

La femme docile

Eva me raconte qu’avec ses partenaires, elle est performante. La performance consiste pour elle à être docile, se laisser faire, toujours faire des fellations et toujours faire semblant de jouir. Car elle n’a pas de plaisir, ne cherche qu’à satisfaire son partenaire pour qu’il se sente viril. Le sexe c’est pénible, elle ne sait pas ce qu’est le plaisir de faire l’amour. Elle se demande si elle est normale et ajoute que toutes ses copines vivent la même chose !

Annie me raconte que son mari lui impose une relation sexuelle par jour, et parfois 4 le week-end, qu’elle n’en peut plus. Elle a réussi à lui dire non, en écoutant pour la première fois son corps qui par des cystites à répétition lui signifiait que ce n’était plus supportable. Son mari l’a très mal pris et lui a parlé de devoir conjugal qu’elle ne respectait pas, son couple bat de l’aile. Pour lui, la femme est un objet sexuel qui doit se soumettre à ses désirs, peu importe si elle a des désirs ou non. Souvent le soir alors qu’elle lisait au lit, il venait, baissait son pantalon et lui tendait son sexe en lui disant « suce-moi ». Il ne lui est jamais venu à l’idée que ce comportement était immonde et ma patiente a mis du temps à conscientiser la violence de cet acte tant le diktat de la pornographie est puissant.

Il me semble que harcèlement ou même viol conjugal seraient des termes plus adaptés.

Faire l’amour : une performance individuelle

Flore me raconte avoir couché avec un homme qui lui a sauté dessus « comme si elle était un bonbon ». Elle était toute surprise par cet assaut et n’a su que faire. Elle a attendu que ça se passe. Il lui a demandé ce qu’elle voulait qu’il lui fasse et ça l’a bloqué. « C’était comme dans un restau, vous désirez encore un peu de gâteau ou plutôt du flanc ? ». « A la fin, il s’est détourné et s’est endormi. Il ne m’a pas prise dans ses bras et j’ai eu envie de pleurer ».

Virginie ne fait l’amour que tous les deux mois, son partenaire n’a pas envie de perdre son temps à de telles futilités et quand il lui arrive d’avoir envie, il la prend la nuit quand elle dort et éjacule au bout de 3 minutes quand elle se réveille. Au mot de viol, elle s’insurge et ne veut pas l’entendre. Elle est attirée par un ami mais n’ose pas succomber car elle aime son compagnon. Elle a régulièrement mal à l’utérus car elle a envie de faire l’amour et souffre physiquement de ce manque.

« Les femmes qui couchent, ce sont des putes (ou des salopes) »

Emilie dit aimer faire l’amour avec des inconnus mais en a honte. Elle est divorcée et mère de famille, ce comportement n’est pas en adéquation avec son éducation et les valeurs que ses parents lui ont inculquées. Elle me raconte et me demande d’un air contrit : « prendre un amant d’un soir, c’est mal ? ». A la question « Y avez-vous pris du plaisir ? », elle me répond avec des yeux brillants et un large sourire « oui ! ».

Nadège, qui ne trouve pas de compagnon et qui souffrait de ne pas avoir de relations sexuelles, m’explique qu’elle a trouvé la solution idéale. Elle se rend régulièrement en club échangiste, se choisit de beaux partenaires et « se fait baiser par eux », sous les regards d’hommes se masturbant. Elle y trouve une grande jouissance car elle est dans ce cas toute puissante, ce qui la venge de la vraie vie où personne ne s’intéresse à elle.

« Les poils c’est absolument dégueulasse, jamais je ne pourrais être avec une femme non épilée ». Paul me dit ne pouvoir faire l’amour qu’avec des femmes épilées intégralement. « La première chose que je leur demande, c’est ça ». Il va jusqu’à prendre rendez-vous pour elles chez l’esthéticienne pour qu’elles se fassent épiler avant de coucher avec elles.

La psychanalyse face à ces histoires de sexe

Nous avons donc dans un même lieu deux personnes qui font l’amour ou, plutôt, ont une relation sexuelle dans laquelle chacun joue une scène d’un scénario que lui aura édicté son vécu conditionné par la société et ses diktats. Deux individus seuls avec eux-mêmes qui jouent un rôle avec dans leur tête : « Il faut que je fasse ça, un cunni puis une fellation car il faut toujours commencer ainsi puis… », une sorte de clé multiprise du sexe. Et en avant la Légion !

Apprendre à exister pour soi

En apprenant par un travail psychanalytique à nous connaître, nous apprenons à faire la différence entre les injonctions et nos véritables désirs. Nos désirs seront alors assouvis en pleine conscience et donc en accord intime avec nous-même. Nadège n’aura plus honte d’aller en club, ni honte de prendre son pied en utilisant comme elle le dit des hommes beaux qu’elle ne pourrait pas avoir dans la vie ordinaire. Et Emilie pourra s’accorder le droit de faire l’amour avec des inconnus sans se qualifier des pires adjectifs et au final vivre ses aventures d’une nuit sereinement. Les partenaires de Paul oseront dire non à ses exigences de sexe entièrement épilés. Virginie finira par quitter son compagnon et a retrouvé un homme complétement différent qui lui fait l’amour avec attention et aussi souvent qu’elle le désire.

L’amour : la cérémonie japonaise du thé ?

Faire l’amour, c’est prendre soin de l’Autre, ne pas l’utiliser comme un objet duquel on veut tirer son propre plaisir, mais communiquer dans cette danse pour arriver à une apothéose finale avec ou sans orgasme.

Faire l’amour c’est ne pas avoir un comportement centré sur soi : la danse ne peut pas se réaliser si chacun regarde dans une direction différente. Recevoir et donner, ne plus vivre avec l’idée que l’autre vous juge et attend de vous telle ou telle chose, accepter l’Autre tel qu’il est… Tout cela s’apprend.

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Le bashing, souffrance, exclusion et harcèlement au travail

Le bashing, tel que nous l’avons décrit, est l’illustration de la violence d’un groupe envers un individu. Le harcèlement et la manipulation qui en sont constitutifs semblent trouver leur source dans certains modèles de management. In fine, le bashing au travail réunit à lui seul trois thèmes : le harcèlement, les comportements d’un individu pris dans un groupe, la notion de bouc émissaire…

Le bashing, une forme de harcèlement moral

Le bashing est clairement une forme de harcèlement moral. La victime ne peut se défendre. Malgré toute sa bonne volonté, malgré tous ses efforts, elle n’aura jamais raison et sera toujours en faute. Elle sera soumise à des injonctions contradictoires, subira des humiliations et finira par quitter d’elle-même son travail car sa santé physique et psychique sera profondément mise à mal. Dans les cas extrêmes, elle pourra attenter à ses jours. Ce qui est remarquable c’est que ce sont les individus du groupe qui harcèlent la victime. Or, un groupe de 50 personnes ne peut se composer de 50 harceleurs. Illustration que le groupe influence le comportement individuel…

La psychologie de masse, une explication au bashing

Dans « Psychologie des masses et analyse du moi », Freud a clairement démontré que l’individu noyé dans un groupe abdique son jugement personnel, sa capacité à réfléchir et même et surtout ses valeurs morales au bénéfice du groupe. Le groupe devient une entité vivant sa propre vie et créant ses propres schémas de pensée. Ainsi, nous pouvons remarquer cet effet de groupe lors d’une réunion de personnes chargées, par exemple, d’évaluer un candidat. Il a été démontré que la première opinion concernant le candidat fera loi (le biais cognitif de la première impression). Si l’avis est favorable, le reste du groupe va majoritairement suivre cet avis. Dire que nous ne sommes pas d’accord avec la majorité devient un acte de bravoure. Il faut alors une sacrée dose de confiance en soi pour oser s’opposer au groupe, comme le suggère l’expérience de Asch.

Proposée par le psychologue Solomon Asch, elle démontre à quel point les individus peuvent être sensibles à la pression du groupe, au point de faire des choix qui vont à l’encontre de l’évidence. Ainsi, des sujets pouvaient affirmer que deux lignes avaient la même longueur alors que l’écart était pourtant très visible car supérieur à 5 centimètres. Les résultats de cette expérience ont montré que la plupart des sujets répondaient correctement en l’absence d’influence extérieure, mais qu’un grand nombre (32%), finissait par se conformer aux mauvaises réponses soutenues à l’unanimité par les complices qui donnaient une réponse erronée.

Bashing et bouc émissaire

Le bouc émissaire était à l’origine une victime sacrificielle, innocente, que les sociétés primitives choisissaient dans un rite de purification afin de combattre une calamité ou de chasser une force menaçante. Un animal ou une personne était choisi et traîné hors de la cité, où il était parfois mis à mort ; cette victime était censée se charger de tous les maux de la cité.

Dans le cas du bashing, la victime porte sur elle tous les maux des individus composant l’entreprise. L’organisation, telle une cité, va désigner une victime expiatoire, la charger de tous les vices, de tous les maux afin de se soulager des blessures, du mal-être.

En conclusion, notre société si moderne, si « évoluée » qui essaye tellement de purifier, d’assainir, de stériliser, de désinfecter, de rendre les rapports entre humains bienveillants, cette société si aseptisée, ne peut en réalité rien contre le fait que nous sommes fondamentalement des peuples primitifs, et que malgré toute l’avancée des sciences nous réagissons,  sans peut-être même nous en rendre compte, comme les sociétés soi-disant archaïques en reproduisant le schéma primitif du bouc émissaire.

Un solide travail avec un psychanalyste peut être un remède à ces débordements, car plus nous nous connaissons et moins nous sommes susceptibles de nous laisser envahir par un groupe. Travailler sur soi permet d’exister en tant qu’individu maître de sa vie.

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Cet article sur le bashing en entreprise a donné lieu à une publication dans Les Echos Le Cercle.

Vous pouvez accéder à mes articles et interviews publiés dans la presse.

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