Valérie Sengler psychanalyste à Paris Saint-Mandé

Psy spécialiste des pathologies lourdes, enfant, adolescent, adulte

Je me sens grosse et moche alors que je suis mince

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Je me sens grosse et moche alors que je suis mince

D’où provient l’image que j’ai de mon corps ? Pourquoi est-elle différente de celle perçue par mon entourage ?

« Je me sens grosse et moche alors que je suis mince. Je n’ose pas me mettre en maillot de bain. Mes amies me disent que je délire, que je suis belle ». D’où provient ce fossé entre ce qui semble être la réalité, je serais mince et belle et ce mal-être que je vis dans mon corps ?

Voici d’où provient l’image que vous avez de votre corps…

L’image que nous avons de nous-même n’a souvent aucun lien avec notre image réelle.

L’anorexique par exemple va toujours se voir en surpoids. Car notre image du corps est liée à notre histoire personnelle. Elle est la mémoire inconsciente de tout notre vécu relationnel : l’amour que nous avons reçu de nos parents ou au contraire les manques, les critiques qui ont jalonné notre enfance. Le jugement parental est ici fondateur de notre image du corps. C’est en effet le regard des parents et plus spécifiquement le regard de la mère dans lequel le bébé se voit en miroir qui va être à l’origine d’une image du corps positive ou au contraire négative. L’amour porté par des parents à un enfant au physique considéré comme ingrat lui permettra de dépasser cet obstacle car cet amour inconditionnel lui aura permis d’avoir une haute estime de lui et d’avoir confiance en lui.

Cette image du corps peut être bousculée par les diktats de notre société

Notre société nous impose une tyrannie des apparences. Jean-François Amadieu dans   « Le poids des apparences » (Odile Jacob 2002) souligne que dès la naissance nous sommes soumis à la dictature de la beauté. La plus grande peur des parents (73%) étant d’avoir un enfant au physique ingrat, cette peur prime sur la peur d’avoir un enfant handicapé. Il est avéré qu’une mère jouera plus avec son bébé s’il est beau, que les beaux sont jugés plus intelligents et plus équilibrés. Les enseignants auront une meilleure opinion si l’élève est beau. « La beauté permet non seulement d’échapper au chômage, mais en plus, elle se transforme en prime salariale » Jean-François Amadieu. Des expériences montrent que la laideur et la beauté influencent inconsciemment nos attitudes. Les beaux seront jugés avec plus d’indulgence. L’impact de la beauté est considérable car elle manipule inconsciemment. Un individu beau est surévalué, ainsi la beauté d’une épouse valorisera son mari.

En résumé, ce qui est beau est bon et ce qui est laid est mauvais.

Comment définir la beauté ?

La beauté évolue au fil du temps, elle varie d’une société à une autre, et d’une culture à une autre. Au Moyen-Âge, il fallait avoir un teint pâle, Rubens peignait des femmes bien en chair, être mince signifiait que les personnes étaient pauvres. De fait, le corps véhicule un ensemble de valeurs propres à la société dans laquelle nous vivons. Au Japon, par exemple, il est de bon ton d’avoir une peau très blanche alors qu’en Europe une mine bronzée est très appréciée. En résumé, la beauté correspond aux normes d’un idéal qui va susciter de l’envie, de l’attirance et du désir. Elle est estimée à partir de sujets dont le corps, le visage, les proportions auront été jugés beaux par les autres.

Nous nous devons donc de satisfaire au regard des autres

Le corps devient le faire-valoir de l’individu qui a conscience du fait que c’est à partir de ce corps que s’établit le jugement des autres. Notre perception de nous-même se fera par comparaison avec ce modèle de perfection sociale. Le jugement que nous porterons sur notre corps sera plus ou moins strict en fonction de notre vécu et de la manière dont nous aurons été aimés par nos parents. Car le jugement des autres implique également notre propre jugement et c’est ce dernier qui peut faire pencher la balance vers un amour inconditionnel de soi ou vers un  désamour de son corps qui conduira à des dérives.

Les dérives

Les personnes désignées comme non attrayantes vont finir par intérioriser l’image négative que les autres leurs renvoient et donc par se conformer aux attentes de leur entourage.

Jean-Claude Hagège, dans  « Séduire-Chimères et réalités de la chirurgie esthétique » (Odile Jacob, 2003), écrit que « le corps constitue un ensemble de morceaux et il suffit que l’un soit atteint pour que l’ensemble s’effondre ». En effet, face aux images morcelées et parfaites que nous montre la publicité et où l’individu apparaît de manière fragmentée, il y aura toujours un élément de notre propre corps qui ne sera pas conforme ou parfait et qui risque, si nous ne sommes pas assez solides psychiquement, de se transformer en un problème majeur pour nous. Notre corps peut tourner à l’obsession et nous pouvons aller jusqu’à haïr ce corps non parfait. D’où le possible recours à la chirurgie esthétique. On estime le nombre d’actes pratiqués à plus de 500.000 par an en France selon le sociologue Gérard Mermet dans « Francoscopie« .

La psychanalyse, une solution pour se réconcilier avec son corps

Si les mots d’amour ont manqué pendant l’enfance, la psychanalyse peut être une aide précieuse à cette réconciliation avec soi-même. Un travail sur soi va vous permettre de comprendre les raisons profondes de votre désamour pour lui, s’ensuivra une phase de reconstruction lors de laquelle vous allez créer vous-même de nouveaux appuis narcissiques qui auront cette fois-ci leurs racines dans votre être au monde et non plus dans votre paraître au monde.

Il s’agira de construire ou de reconstruire une estime de vous-même car détester son corps est le corolaire d’un manque d’estime de soi.

Cette reconstruction va vous permettre de mettre fin à cette surfocalisation de votre corps. Vous arrêterez tout naturellement de vous inspecter, vous aurez envie de vous entourer de gens bienveillants, de faire attention à votre corps grâce à qui vous êtes en vie. Vous allez en faire un allié et vous allez cesser de le considérer comme votre ennemi. Oser être vous-même, cela signifie que vous allez apprendre à poser un regard juste sur vous. Et que vous allez avoir la force mentale nécessaire pour arriver à un équilibre physique et psychique.

Je terminerai ce sujet en relatant une expérience qui consistait à demander à des personnes de ne pas se regarder dans un miroir pendant un mois. Après un mois, les chercheurs ont constaté que la confiance, l’estime d’elle-même, l’amour pour leur corps avait augmenté de façon conséquente. Il en a été conclu que l’image véhiculée par la société de ces corps parfaits avait pour effet de corrompre l’image que chaque individu avait de son propre corps. En conclusion, pour être bien avec son corps et être moins influencé par les impératifs dictés par notre société, ce qui est assez difficile car souvent ce sont des mécanismes inconscients qui sont à l’œuvre, le simple fait de se regarder le moins possible et lorsque nous nous regardons, de nous regarder avec bienveillance, est déjà un bon début pour apprivoiser son image du corps et au final être bien dans son corps.

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À propos de l’auteur

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris

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