Harcèlement de l’enfant par le corps enseignant

Harcèlement de l’enfant par le corps enseignant

Le harcèlement se décline dans toutes les sphères de la vie publique mais aussi privées. A partir du moment où des individus sont en relation les uns avec les autres, le harcèlement peut pointer le bout de son nez, à condition que quelques conditions soient remplies. Le harcèlement peut avoir lieu dès lors qu’une personne peut exercer une emprise sur une autre. C’est le cas des professeurs des écoles, de collèges, de lycées sur leurs élèves.

Le professeur dirige sa classe avec une certaine liberté. Il y imprime la discipline, le rythme de la transmission des connaissances, l’interaction entre lui et ses élèves. Son influence sur eux est énorme. Les élèves en école primaire sont subjugués par leur maître ou leur maîtresse. Il ou elle est sans doute la personne la plus importante dans la vie du jeune enfant après ses parents. Pour preuve, il n’est pas rare qu’il se trompe et appelle son maître ou sa maîtresse maman ou papa. En conséquence de quoi, les remarques, le comportement seront absolument primordiaux car plus l’enfant est petit et plus l’attitude de l’enseignant se doit d’être exemplaire.

Pourtant, je rencontre trop souvent de petits patients en souffrance du fait d’un harcèlement subi par un maître ou une maîtresse peu scrupuleux. Le harcèlement dont ils font l’objet va se traduire de diverses façons…

Le harcèlement de l’enfant par un enseignant prend diverses formes

Alice 7 ans me raconte : « J’avais fini le devoir avant les autres ; j’ai levé le doigt pour le dire à ma maîtresse, elle m’a dit « Si tu as fini tu n’as qu’à sucer ton crayon ou recommencer ton devoir, tu ennuies tout le monde à finir tellement vite, c’est vraiment mal ».

L’enseignante d’Alice lui délivre ainsi plusieurs messages : être la première à finir est mal, il vaut mieux se fondre dans la masse. Elle réprimande la petite fille et l’humilie en lui proposant de recommencer ou de sucer son stylo. Ainsi, une enfant douée et joyeuse est devenue en peu de temps une petite victime triste dont les notes se sont mises à chuter.

Line 5 ans me raconte en pleurant que son maître qui la voyait sucer son pouce l’a fait venir devant toute la classe et lui a peint ses deux pouces en brun. Se faisant il lui a dit que ce brun représentait du caca et donc à chaque fois qu’elle sucerait son pouce, elle sucerait du caca.

Elise 6 ans qui souffre d’un strabisme est harcelée par sa maîtresse. A chaque fois qu’Elise prend la parole sa maîtresse tourne la tête de façon théâtrale en regardant ailleurs afin de bien signifier qu’elle ne sait pas où regarder, provoquant à chaque fois l’hilarité dans la classe. Elise est mortifiée et mise à l’écart par les autres élèves.

Virginie 13 ans est victime de son professeur de mathématique. Elle ne comprend rien à cette matière et est devenue la proie idéale de cet homme charismatique et cruel. Il classe les contrôles qu’il rend par notes décroissantes et se fait un vrai plaisir à donner la dernière copie souvent affublée d’un demi point à Virginie qui ne sait plus où se mettre et est sur des charbons ardents pendant cette lente distribution des copies. En rendant la copie de Virginie, il la bombarde de phrases assassines : « Tu n’es vraiment qu’une nouille, tu n‘as rien dans la tête, plus bête que toi, je n’ai jamais vu. ». Il la fait venir au tableau pour lui demander de résoudre des problèmes qu’elle est incapable de solutionner ; il en profite pour l’humilier et se défouler sur elle.

Lucie qui a fait une tentative de suicide en classe préparatoire lors d’un séjour à l’étranger car ayant été violée quelques mois avant et ne l’ayant dit à personne retourne en cours. La directrice choisit ce retour pour venir faire un discours. « Étant donné qu’il y a eu pendant ce séjour à l’étranger un comportement déviant, je décide de supprimer pour l’avenir ces séjours à l’étranger ». Lucie est mortifiée. Elle sait comme toute la classe que le comportement déviant est sa tentative de suicide. Après ce discours où elle me raconte avoir été très mal, cette même directrice est venue vers elle et lui a dit que vu son dérapage qu’elle comprendrait qu’il n’était pas question qu’elle fasse sa deuxième année de prépa dans son école.

Ici encore, il n’est absolument pas question d’une quelconque forme de compréhension de la souffrance de Lucie. Seuls le confort et la réputation de cette prépa prestigieuse sont pris en compte. Lucie n’est pas accueillie dans sa souffrance. Bien plus grave, sa tentative de suicide est une faute impardonnable qui lui vaut l’exclusion après un procès devant toute la classe et une punition collective dont on lui fait porter la responsabilité.

Des conséquences gravissimes

Quand les enfants sont petits, ils sont dans l’incapacité d’analyser ce qui se passe et prennent pour argent comptant ce qui leur est dit par leur enseignant. En conséquence, ils se verront tels qu’ils sont qualifiés : moches, bêtes, lents. Delphine me raconte qu’elle faisait à l’âge de 6 ans des devoirs où elle écrivait magnifiquement. Cela lui prenait du temps et souvent elle finissait ces devoirs plus tard que les autres élèves. La maîtresse la réprimandait systématiquement en disant qu’elle était lente. Elle ne valorisait pas l’écriture de Delphine. Delphine a toujours cru être lente et bonne à rien. Elle a complétement prise pour vraie cette injonction. La maîtresse ne l’a jamais félicitée pour sa belle écriture et pour le soin qu’elle mettait à rendre des devoirs si bien rédigés qui étaient par ailleurs toujours excellents. La maîtresse cherchait bien un motif pour humilier et tourmenter cette petite fille. Si les notes avaient été mauvaises, elle aurait pu se déchaîner contre elle plus facilement.

Lorsque les enfants sont plus âgés, ils ont plus conscience que quelque chose n’est pas normal. Raphaël 14 ans se fait harceler par son professeur de français. Il n’a pas droit à la parole, il est ignoré par ce dernier. Les notes sont toujours mauvaises, rien ne va dans les devoirs qu’il rend. Raphaël comprend que quelque chose n’est pas à sa place et que ce quelque chose provient d’une interaction entre lui et ce professeur. Il demande à consulter un psy et arrive à mon cabinet. Mettre le mot de harcèlement, avertir les parents, en parler avec le directeur et le professeur concerné va permettre de faire lâcher-prise à ce harceleur.

Alors comment protéger nos enfants du harcèlement ?

Les solutions sont d’être à l’écoute de ce que nos enfants nous disent en narrant ces faits inadmissibles, c’est aussi d’être à l’écoute de ce qu’ils nous disent à travers leur comportement, leur silence, leurs maux. Un enfant qui se met à faire pipi au lit alors qu’il était propre, qui ne dort plus, qui ne mange plus, qui ne joue plus, qui devient triste et fermé, qui a mal au ventre quand il faut aller à l’école… Tous ces comportements doivent être des signaux d’alerte à prendre très au sérieux car un adolescent n’a pas encore intégré dans sa chair la peur de perdre la vie. Il peut faire une tentative de suicide car inconsciemment il se croit encore immortel. Ce n’est que vers l’âge adulte que nous comprenons au plus profond de nous que se suicider est un non-retour. Il est donc important d’entendre les cris sourds de nos enfants afin de les protéger.

***

Sur un sujet proche :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

LinkedIn