Valérie Sengler psychanalyste à Paris et Saint-Mandé

Thérapies brèves. Psy spécialiste des pathologies lourdes, enfant, adolescent, adulte

Archive mensuelle octobre 2017

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

L’anus : le sujet enfoui

« Ca parle beaucoup, cet endroit-là », me fit remarquer un de mes soignants, me faisant considérer l’anus, en commençant par le mien, sous un nouvel angle…

La psychanalyse s’est originellement beaucoup concentrée sur les aspects génitaux et sexuels, sur la « production » matérielle de l’anus et la « gestion » des selles par le patient (rétention, expulsion, manipulation comme l’a montré Karl Abraham), le classant ensuite en stades (oral, anal…) qui s’additionnent -et renvoient chacun à une pathologie mentale.

L’anus, le mal-aimé de la psychanalyse

Nous pourrions ajouter qu’il est aussi média : irrité de nos irritations familiales et professionnelles, inflammé de nos souffrances, témoin d’un trop plein dans le langage courant… et le quotidien de mes consultations. L’anus est à la fois signal (d’un stade de l’évolution de l’individu) et un signe à décoder.

Pour cela, il convient de comprendre qu’il s’insère dans un système plus vaste, tant psychiquement que physiologiquement.

Nous pourrions déduire, à la suite de Le Moi peau écrit par Didier Anzieu, que l’anus est partie prenante de la peau… L’auteur affirme que le Moi-peau remplit entre autres une fonction de maintenance du psychisme et une fonction d’inscription des traces sensorielles tactiles. Comme les autres parties du corps, notre fondement est aussi partie de notre mémoire ; il est l’illustration de nos sensations et de nos perceptions, même inconscientes.

Le trou noir de la psychanalyse n’est pas sans mémoire

L’anus a pu être l’objet de violences ou de maltraitance, souvent pendant l’enfance, rendant cet endroit « sensible » à l’âge adulte du fait de douleurs, de phobies. Les personnes relèguent alors leur anus au rang de « chose » sale, étrangère, hors-soi. Il s’agit pourtant de leur propre corps.

En somme, il ne veulent pas « y » penser (et souvent leur praticien non plus), voire en font un déni. La véracité de l’abus, de l’atteinte à l’intimité de la personne peuvent être mieux cernées par la psychanalyse transgénérationnelle en remontant aux origines du fait, de la souffrance, de la pathologie, afin de se libérer du « non-dit » et du « pensionnaire ».

L’objet de la cure psychanalytique, brève car tournée vers l’efficacité, va être de reconsidérer cette partie du corps si longtemps restée dans l’ombre. Pour un mieux être… fondamental.

***

Cet article est volontairement écrit d’un ton léger. Il s’agit pourtant d’un sujet clé, souvent ignoré, enfoui par les patients, voire moqué, mis de côté par certains praticiens… mais abordé dans plus de la moitié des consultations de Valérie Sengler.

Article écrit à quatre mains avec Serge-Henri Saint-Michel.

Valerie Sengler, psychanalyste, Paris ParValerie Sengler, psychanalyste, Paris

Réponses psy aux questions sur le déni de grossesse

Le déni de grossesse est le fait pour une femme d’être enceinte en n’en ayant pas conscience pendant un temps relativement long pouvant aller de 5 mois de grossesse à la date de l’accouchement.

Cet article aborde les questions les plus frappantes qui m’ont été posées par les participantes à la conférence que j’ai tenue à Argenteuil le 6 octobre 2017, à l’association Cause biberon qui traite de thèmes tournant autour de la parentalité et de la petite enfance.

Toutes les femmes ne font pas un déni de grossesse

Clairement non, toutes les femmes ne peuvent pas faire l’objet d’un déni. Le déni est le résultat d’une faille dans la vie des femmes qui en ont fait l’objet. Ces failles ne vont pas permettre à la jeune femme de se sentir femme dans sa tête et par conséquent, elle ne va pas pouvoir s’autoriser le droit de devenir mère.

Des causes multiples peuvent être à l’origine de ces failles. Souvent, elles ne sont même pas conscientisées par ces jeunes femmes qui vont dire que tout va bien dans leur vie.

L’origine peut provenir d’une enfance avec de la maltraitance, par exemple un inceste ayant eu lieu très tôt dans l’enfance et ayant été oublié par le mécanisme du refoulement. La cause peut aussi relever d’un climat incestuel lourd ou encore de la violence larvée d’autant plus traumatisante que non conscientisée par la victime. Une de mes patientes victime d’un déni se faisait depuis toujours insulter, battre par ses parents, elle n’avait le droit de ne rien faire et tout ce qu’elle faisait, était de toute façon « mal ».

Déni : la Femme n’existe pas chez ces jeunes femmes

Dans le cas cité précédemment, les parents la traitaient comme une petite fille alors même qu’elle avait 19 ans. La sexualité était décrite comme sale. Cette jeune femme n’a pas eu l’autorisation de devenir une femme, elle se devait pour répondre aux exigences de ses parents, de rester une petite fille. Il était frappant de l’entendre parler car elle parlait d’une voix de petite fille et utilisait un vocabulaire de petite fille.

Ces jeunes femmes n’ont pas eu la possibilité de faire naître en elles la femme qu’elles sont. Une femme victime d’un déni de 5 mois disait ne pas être contente d’être une femme. Elle aurait toujours voulu être un homme. Elle se rase régulièrement les cheveux et porte un foulard sur son crâne chauve. Les cheveux sont un symbole sexuel et sont un signe de la féminité. Elle n’a pas pu allaiter son enfant. Ici encore, la femme n’a pas la possibilité d’exister. Le livre du docteur Danièle Flaumenbaum, Femme désirée, femme désirante, 2006, édition Payot aborde longuement ces réalités.

Risque de décompensation à la découverte de la grossesse

Elles ne peuvent pas conscientiser leur grossesse sous peine de décompenser, c’est-à-dire de se mettre en danger, à l’annonce de leur grossesse. Une autre de mes patientes m’a racontée qu’après avoir appris par son gynécologue lors d’un banal examen gynécologique, sa grossesse de 5 mois, qu’elle était sortie en état de choc et s’était demandée pendant plusieurs minutes comment elle allait pouvoir mettre fin à ses jours. Se poignarder ou se jeter sous le métro. Finalement, sa pulsion de vie a été plus forte et elle a réussi à rentrer chez elle.

L’origine peut également être transgénérationnelle, comme l’a montré Bruno Clavier, Les fantômes familiaux, 2013, édition Payot.

Il peut arriver que l’enfance se soit passée sans encombres mais qu’il y ait tout de même un déni.

Il faudra alors chercher dans l’arbre généalogique les femmes qui auraient également fait un déni au même âge. Il s’agira de faire une enquête dans la famille afin de trouver le traumatisme dans les lignées paternelle et maternelle pour faire cesser le phénomène de répétition. Il sera courant, de retrouver une grand-mère ou une arrière- grand-mère, une tante ou une grande tante qui auront fait un déni au même âge. Et ce n’est pas toujours chose aisée car une patiente me disait qu’elle se heurtait à une véritable omerta familiale face aux questions qu’elle posait afin d’élucider son déni de 5 mois.

L’enfant issu du déni souffre aussi

Je terminerais par l’enfant qui est issu du déni. Il semble, bien qu’il y ait là encore une absence de statistiques, que l’enfant est souvent un enfant qui ne va pas bien. Être pendant 5 voire 9 mois dans un ventre où il n’y a pas d’interaction avec la femme qui le porte est source d’une profonde souffrance in utero.

Une maman victime d’un déni de 5 mois me racontait que son bébé une fois né n’a cessé de pleurer des semaines entières. Elle n’arrivait pas à le calmer. Il n’a pas voulu téter, comme si le lien avec sa mère n’était pas fait. Il ne veut pas de son lait, il ne veut pas être nourri par elle.

Cet enfant a eu des troubles du comportement, des problèmes auditifs. Cela vient corroborer les observations que j’ai faites dans mon mémoire sur le déni. L’absence d’interaction lors de la grossesse affecte l’audition, cet enfant n’entendait pas d’une oreille et a dû être opéré. Dans mon mémoire, l’enfant a des bouchons tellement énormes qu’il doit tous les 3 mois se faire faire un nettoyage chez son médecin ORL. Ces enfants s’enferment dans une bulle, ou sont enfermés dans une bulle pendant la durée du déni. Bulle qu’ils recherchent en n’ayant pas inconsciemment envie d’entendre.

En conclusion, il me semble que le déni gagne à être plus sujet à étude car, aussi bien les femmes que les enfants qui en sont issus, sont placés dans une situation de déni de leurs souffrances respectives. Écouter, expliquer pour réparer afin de pouvoir passer à autre chose me semble la meilleure solution.

***

A lire sur le site : Le déni de grossesse